Vie privée, vie publique


Internet aidant, un débat prend de plus en plus de place chez les naturistes : doit-on limiter sa pratique aux espaces dédiés, plages, clubs et centres de vacances, ou l’étendre bien au-delà, sur des chemins de randonnée et routes champêtres, voire dans les rues des villes, au nom de la liberté individuelle ? 

Le combat est important, comme l’était en son temps celui séparant les conquérants des plages du littoral des membres de clubs. A la différence qu’il ne s’agit plus ici de gagner de nouveaux territoires, mais de revendiquer l’ensemble de l’espace public. Ces actions révèlent surtout une divergence plus profonde dans le vécu de la pratique personnelle.


 

Quand les premiers se battent pour l’assumer à la face du monde, les seconds considèrent qu’elle doit rester du domaine de la vie privée, au même titre que le montant de leur patrimoine, ou l’appartenance à une quelconque communauté religieuse. L’affichage public de nos moindres choix de vie n’est pas entré pour autant dans nos mœurs, même si Internet favorise le communautarisme d’intérêts au-delà de l’appartenance territoriale. La visite des sites de partage (Facebook, Myspace, etc) est édifiante à ce titre.


 

De nombreux groupes y réunissent des « fans » et « amis » issus du monde entier, parfois simplement sur un titre plutôt que sur des objectifs communs. Le naturisme franchit ainsi doucement la barrière de la vie privée pour venir sur le domaine public, empruntant les sentiers d’une virtualité parfois proche de l’exaltation fantasmatique. Quels que soient ses avantages, il serait toutefois périlleux de la confondre avec la réalité, sous peine de perdre toute notion de respect de l’autre, voire de soi-même…


Jean-Luc Bouland