Grande-Bretagne : le randonneur nu

Steve Gough parcourt la Grande-Bretagne complètement nu. Plusieurs fois arrêté et condamné, il s'obstine. Héros des libertés ou illuminé ? Pour certains, c'est un héros, symbole d'une liberté individuelle aliénée. Pour d'autres, un cinglé qui n'a que ce qu'il mérite. En Angleterre, Steve Gough, «the naked rambler» (le randonneur nu), est une vedette.

Depuis des années il parcourt le pays en tenue d'Adam, avec seulement un sac sur le dos et des godillots aux pieds.

Ancien marine, âgé de 49 ans, père de deux enfants, Gough milite depuis des années pour la nudité publique, dans laquelle il voit un droit fondamental de l'homme. «C'est l'image de l'innocence naturelle.

Mais la société est à la fois trop perverse et trop coincée pour l'accepter» Deux fois de suite, il a parcouru le pays de long en large, de Land's End, à l'extrême sud-ouest, à John O'Groats, tout au nord. La première fois c'était en 2003-2004, la seconde en 2005-2006.

A l'époque, sa compagne Melanie Roberts l'accompagnait, dans le même appareil. La BBC a filmé leur second périple. Voir la vidéo partie 1 et 2 .

Voyage houleux : parfois des passants se dénudaient à leurs côtés ou les accompagnaient un bout de chemin; la plupart du temps ils récoltaient gestes obscènes et insultes, et Gough se laissait entraîner dans d'interminables discussions dans les pubs et les supermarchés où ils entraient tous les deux. Souvent ils furent arrêtés. Jamais très longtemps. Sauf en Ecosse.

La loi écossaise diffère de la loi anglaise. Là- haut, être nu, c'est «troubler l'ordre public». Les deux amants sont emprisonnés en 2005 à peine passé la frontière. Mais leur séjour sous les verrous s'éternise. Melanie finit par décrocher. Elle accepte de se rhabiller, est libérée puis laisse tomber le voyage.

Aux nombreuses tensions qu'a connues le couple, aux situations d'hostilité qu'elle supporte visiblement moins bien que son compagnon s'ajoute à mi-parcours la révélation de sa grossesse. Mais Steve s'obstine. Il refuse de se rhabiller, comparaît nu à son procès.

La prison de Saughton l'accueille. Il y passe quelque temps, en isolement, escalade un poteau de surveillance pour accrocher une banderole clamant : «Je n'ai pas honte. Je suis humain.» Sept condamnations viendront le sanctionner, qu'il semble accumuler comme par plaisir.

Le 19 mai 2006, il se déshabille dans l'avion qui va de Southampton à Edimbourg et est arrêté à l'arrivée.

Le 25 août, il écope de sept mois de cellule.

Le 9 avril 2007, il est relâché, mais fait appel de sa condamnation et vient nu à son procès. Retour immédiat à la case départ, prison de Glasgow.

Le 14 octobre, à peine remis dehors, il se déshabille dès la porte de la prison franchie.

En décembre dernier, il est à nouveau condamné, à douze mois d'incarcération cette fois.

Les mouvements naturistes européens et quelques admirateurs continuent de le soutenir, même si son obstination en laisse beaucoup perplexes.

En prison, il écrit.
 

Hubert Prolongeau
Le Nouvel Observateur