Sac au dos et libre !

On parle de dépeuplement naturiste. Nos ainés s’inquiètent plus que jamais car ils peinent à voir arriver la relève. Mais cette relève existe, et elle montre que le naturisme continue d’évoluer. Nous1 allons tenter prochainement  de faire une esquisse du naturiste contemporain.

Je veux ici passer en revue les principaux défis auxquels doit faire face le naturisme aujourd’hui.

Je passe très rapidement sur les menaces  auxquelles le naturisme a dû faire face durant sa (courte) histoire en Europe avant les années 50, qui marque l’avènement des Centres Naturistes tels que nous les connaissons. Les naturistes ont alors continué à lutter contre deux fléaux : le voyeurisme, et l’amalgame naturisme/perversion sexuelle. Ce qui a d’ailleurs très tôt conduit la communauté naturiste à adopter une position rigoriste quant aux mœurs. Ces combats ne sont pas gagnés à ce jour, il suffit de voir comme la loi continue d’identifier exhibition sexuelle et nudité sous toutes ses formes. On peut aisément comprendre que l’isolement au sein de camps masqués aux regards extérieurs ne fait qu’exacerber ces deux maux.

Depuis dix ou quinze ans, d’autres menaces au moins aussi sérieuses se sont fait jour. D’autant plus sérieuses que le naturisme tel qu’on le connait n’arrive pas à faire face. Je veux citer :

  • · la textilisation des zones naturistes,

  • · des choix commerciaux en opposition avec l’éthique naturiste,

  • · un retour en arrière concernant la perception de la nudité dans nos sociétés, et tout particulièrement en France.

La textilisation n’a échappé à personne. Elle est flagrante sur les centres du littoral, au point que les textiles restent majoritaires sur certaines plages naturistes même par beau temps. Cette textilisation est insidieuse, et elle est contagieuse. En centre, un ado qui ne s’enroule pas en permanence dans de grandes serviettes se marginalise. Les petits imitent les grands, et ainsi les naturistes élèvent de futurs textiles. Les centres drainent aussi des populations qui ne viennent pas pour le naturisme, mais tantôt pour le côté sulfureux des espaces réputés échangistes, tantôt pour la qualité du lieu, car un camping naturiste est perçu comme le gage d’une nature préservée par rapport au camping textile voisin, et ça fait moins « peuple ». Ces gens sont dans le meilleur des cas  des nudistes occasionnels, et ils ne se gênent pas pour rester habillés. Le soir, tout le monde est rhabillé, et celui qui déroge se sent forcément mal à l’aise. D’autant qu’il est vraiment regardé de travers !

La lutte contre la textilisation passe par un travail de police. Les centres qui ont engagé des vigiles assurant le respect de la nudité ont considérablement inversé le taux de nudité. Mais c’est un travail de tous les jours. Et la pression textile est encore appelée à croitre : le temps est loin où l’on accordait le domaine de Montalivet aux naturistes parce que personne ne fréquentait les pinèdes du Médoc. Maintenant, les côtes françaises sont sursaturées l’été, et tout naturellement les textiles « poussent » les naturistes pour gagner un peu de place. La lutte passe aussi par une politique commerciale qui favorise la fréquentation des naturistes et non celle d’autres populations.

Or, les naturistes ne sont pas la population la plus rentable en bord de mer. Certains centres sont maintenant connus pour avoir « vendu leur âme au diable », en faisant l’œil doux aux populations non naturistes précédemment citées. La charte naturiste et les intérêts purement économiques sont clairement en contradiction, et lorsque les dirigeants n’ont pas d’éthique naturiste forte, le dérapage est assuré. Les fédérations s’engagent rarement dans un bras de fer avec ces commerçants, car elles n’ont pas le pouvoir de faire réellement pression. Elles sont en concurrence entre elles pour la pêche aux adhérents ; elles sont donc dépendantes de ces centres qui collectent les adhésions pour elles.

 

Enfin la place accordée à la nudité dans nos sociétés est en train de régresser. La pratique du « sein nu » est passée de mode, le short de bain se porte en dessous du genou, on met un maillot de corps sous son teeshirt, et on cache tout ce déroge aux canons de l’esthétique. Les cultures du Sud importées par certaines populations immigrées ont pour certaines des positions encore plus extrêmes sur la nudité, et font pression pour qu’elle régresse. Je rappelle qu’une femme a menacé cet été de saisir la justice pour obtenir gain de cause, après avoir été refoulée d’une piscine municipale où elle se baignait habillée de la tête aux pieds. On se douche en slip (!) dans certains vestiaires de sport, et ceux qui se changent à la vue des autres se font parfois insulter – pas dans ma salle de sport, heureusement. Comme les naturistes classiques ont pris le parti de vivre leur nudité à l'écart de la société, ils n’y interviennent pas pour défendre les droits et les mentalités. Ou tout au moins on n’entend pas leurs timides interventions.

Sur ces trois terrains – textilisation, dérive marchande, avilissement de la nudité – le naturisme tel qu’on le connait n’est pas en mesure de faire face, et il pourrait ne survivre que dans quelques enclos, dépassé sur le terrain des mœurs, et pourtant condamné moralement par la société, et  en régression démographique et géographique (lieux rendus aux textiles).

Alors, pas d’espoir ? Je pense que si, car j'attends beaucoup des nouvelles recrues. Celles qui arrivent au naturisme par l’apprentissage de la nudité collective à l’occasion des randonues, cyclonues, ou d’autres évènements de nudité ludique ou festive. Forcément, cela conduit à en faire des naturistes pas super classiques. Mais les mentalités changent aussi parmi certains naturistes "de souche", disons dans une tranche d’âge de la vingtaine à la quarantaine. Ils sont critiques sur bien des points, et tout particulièrement sur la chape de plomb qui pèse encore sur les mœurs et qui est aujourd'hui tellement en décalage avec la société.