La rando-nue : Montagne, espace de liberté


(Affiche Jacques Gana)

Dans son livre « Le bonheur en marchant », Yves Paccalet, naturaliste, qui né en montagne et parcourant la terre de long en large et de bas en haut peut être considéré comme un montagnard, écrit que pour marcher, seules les chaussures sont nécessaires à nos pieds fragilisés par la moquette de nos logements, et que le reste est superflu.

Et c'est là où je veux en venir : pour vivre en harmonie avec la nature, le reste est superflu.

Des milliers de personnes, seules ou en groupe, pratiquent ce qu'elles appellent de la rando-nue (ou randonue, ou randonnue). En bord de mer, de rivière ou de lac, en forêt, mais aussi et surtout en montagne. Oh ! il ne s'agit pas d'escalade, pas d'alpinisme, pas de compétition ni contre les autres ni contre soi, tout simplement de randonnée. De randonnée en tenue naturiste, c'est à dire nu. Avec parfois des lunettes de soleil, un chapeau, et un sac à dos pour contenir les vêtements, nourriture et boisson, et pharmacie… indispensables à la sécurité.

C'est que la montagne offre toutes les caractéristiques d'un milieu réellement naturel, vaste et varié, habité par toutes sortes de créatures végétales et animales qui n'ont que faire de notre équipement, de notre sur-équipement, de notre pudeur.

Mais, pour que la montagne soit effectivement cet espace de liberté, simple, spontané, il serait souhaitable que les contraintes réglementaires (et pénales) ne soient pas celles de la ville, ne soient pas celles applicables aux citadins "dé-naturés".

La randonnée en montagne est une activité sportive, et, à l'instar des athlètes grecs, sa pratique en nudité ne présente aucun caractère de perversion ou d'exhibition sexuelle. Retrouver sur tout le corps les bienfaits du soleil et du vent est un plaisir qui s'ajoute aux sensations de plénitude propres à l'effort en milieu montagnard.

Et les vrais montagnards ne s'y trompent pas, qui, rencontrant des randonneurs nus, ne manifestent aucune réprobation, mais seulement de l'étonnement et parfois de l'envie. De l'étonnement, bien sûr : c'est tellement inhabituel, c'est comme la rencontre avec un Yeti, surtout en hiver lorsque sur la neige, au soleil, les naturistes affirment ne pas avoir froid. De l'envie aussi, parce que « ils » osent, et ont l'air d'être heureux.

Car n'y a-t-il pas de plus grande joie, de plus grande liberté que celle d'être là, nu comme au premier jour quand la température le permet, dans l'immensité majestueuse des cimes et des vallons, sans les contraintes vestimentaires héritées de la pudibonderie d'une société qui a perdu le sens de la nature ?

Randonner en montagne, dans le plus simple appareil, est une activité à la portée de tous, une activité qui ne porte aucun préjudice au milieu naturel, hormis celui propre à toute activité (piétinement, dérangement potentiel de la faune), et qui ne nécessite aucun aménagement, alors que tout aménagement est un grignotage, une destruction, durable, dont l'homme porte la responsabilité.

Et c'est une activité, nouvelle pour beaucoup, qui ne peut que renforcer la santé physique et la santé morale de qui la pratique.

Il n'est pas dans mon propos de recommander à tout un chacun d'aller nu en montagne. Chacun fait ce qu'il veut. Mais simplement de dire que dans cet espace immense de liberté, la liberté d'être nu,d'évoluer à l'état naturel, pour les jeunes comme pour les vieux, n'est pas moins fondamentale que la préservation d'une nature intacte.

Guy Poitou