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Ciel  !  La pudeur revient !

Selon un sondage publié ce matin, une Française sur deux se dit gênée de voir une autre femme seins nus sur la plage.

Les gendarmes de Saint-Tropez n’ont plus trop de souci à se faire… Le retour de l’été a beau faire fleurir les jambes dorées et les décolletés, le curseur entre l’acceptable et l’indécent est bien remonté d’un cran. Selon une enquête Tena/Ifop* sur « les femmes et la nudité » rendue publique aujourd’hui, le cri du coeur est quasi unanime : 88%des Françaises se revendiquent comme « pudiques ». 

Quarante ans après qu’elles ont joyeusement enlevé le haut sur les plages, le monokini estival ne les choque certes pas. Mais bien peu d’entre elles continuent demarcher poitrine au vent… Et l’embarras les gagne très vite dans des situations moins conventionnelles : la moitié des sondées se disent gênées par l’image d’une femme nue sur une plage, et 57 % sont même « dérangées » par des seins nus dans un jardin !

Où sont passées les années 1970 ? « Il y a un décalage entre générations qui est très net dans l’enquête : les jeunes filles sont beaucoup plus pudiques que les sexagénaires », confirme Damien Philippot, directeur d’études à l’Ifop. Un quart des 18-24 ans s’avouent même « très » pudiques. Pour les générations qui ont connu la mode du naturisme, la nudité reste associée à la liberté, au naturel. Les jeunettes, elles, pensent « désir », « volupté »… et même « impudeur » pour 20 % d’entre elles ! Du coup, se montrer redevient plus compliqué. Voire ambivalent : les mêmes qui portent des petits hauts moulants n’oseront pas les retirer dans l’intimité.

En famille aussi. Plus surprenant peut-être, 59% desmères assurent, dans cette enquête, ne jamais se montrer nues devant leurs enfants. La revanche des médecins hygiénistes des années 1930, qui menaçaient les parents trop libres d’en faire des enfants « attardés » ? Ou ceux des années 1970, qui parlaient de les « pervertir » ? « Il y a un retour de balancier », admet Christophe Granger, un historien qui vient de publier un passionnant ouvrage sur la manière dont les Français se sont dénudés, au fil des étés du XXe siècle**. « On revient à une certaine diabolisation : le soleil est néfaste… On ne peut plus associer la nudité à la liberté aussi facilement. »

« J’me sens pas belle. » Les injonctions sociétales sont fortes : il ne faut être ni trop nue, ni… trop laide pour être nue. Les femmes de 2009 revendiquent leur pudeur parce qu’elles redoutent, aussi et surtout, d’exposer leur nudité : 52%n’aiment pas leur corps (même quand il est jeune et ferme : plus d’une femme de 18-24 ans sur trois ne s’aime pas). Même dans le cadre très intime : 29 % des femmes préfèrent faire l’amour dans le noir… « Le maillot de bain deux pièces ne date que de 1929, rappelle Christophe Granger. L’apprivoisement de la nudité, c’est une bataille très récente et très compliquée. Pendant tout le XXe siècle, on a été de plus en plus dénudés.Vat- on se corseter au XXIe ? Ce qui est sûr, c’est que la tendance s’inverse. »

*Réalisée auprès de 1 000 femmes âgées de 18 ans et plus, avril 2009. ** « Les Corps d’été », Editions Autrement, 18 €.

Lu dans "La République" du 4 juin 2009