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Nue derrière son
paravent, une jolie brune profite intégralement des premiers rayons
du soleil de juin sur une plage de la Baltique, sans se soucier des
autres vacanciers en maillot de bain.
Pourtant, le règlement énoncé sur l'écriteau à l'entrée du sentier
menant à la mer est formel: il s'agit d'un « Textilstrand », d'une
«plage pour gens habillés». Des hôtels quatre étoiles surplombent la
côte et leurs clients, retraités pour la plupart, pourraient se
sentir incommodés si les maillots tombaient.
« J'habite juste en haut et la plage réservée aux naturistes est
beaucoup trop loin », explique Ina Kollosche, en congé sur l'île d'Usedom
à Heringsdorf, peu gênée par les 15 degrés ambiants. Avec cette
Berlinoise bronzée de 40 ans, les surveillants font preuve
d'indulgence. «C'est toléré», constate-t-elle.
Dans la station voisine de Koserow, la directrice Martina Jeschek,
elle-même adepte du naturisme, est plus stricte. «Nous disons aux
gens tout nus d'aller dans les endroits prévus pour»,
raconte-t-elle. En outre, d'après cette dame plutôt replète, «les
contrevenants ne sont vraiment pas les plus beaux». Dans tous les
cas, aucune amende n'est exigée.
Koserow possède la plus grande plage pour naturistes de l'île: 1,5
km, créée dès 1956 sous le régime communiste. Depuis 2000, pour
répondre à la demande, 600 mètres supplémentaires, déjà investis par
les adeptes de la baignade sans maillot, ont été légalisés. Ils ont
donc à leur disposition un espace aussi grand que celui des « Textilstrände ».
Une évolution qui s'inscrit dans l'air du temps, car selon Wolfgang
Weinreich, président de la Fédération naturiste internationale INF,
cette pratique ne cesse de croître à l'Est comme à l'Ouest de
l'Allemagne. Ils seraient en tout 8 à 10 millions.
La branche allemande de l'INF perd en revanche des membres: 52 000
actuellement, contre 60 000 il y a 10 ans, admet-il. «C'est une
évolution générale dans le monde des associations. Les gens ne
veulent plus s'engager».
Se dénuder au bord de l'eau fait en tout cas presque partie des
traditions outre-Rhin, les Allemands ayant un rapport beaucoup plus
libéré au corps que d'autres peuples. Ainsi, ils se gaussent des
Français ou des Britanniques qui vont au sauna en maillot de bain:
une hérésie.
Sans pouvoir affirmer être le berceau du naturisme, né semble-t-il
simultanément dans plusieurs pays européens à la fin du 19e siècle,
l'Allemagne peut se vanter d'avoir très vite organisé ses adeptes.
De nombreuses associations, à Berlin notamment, répandaient cette
pratique dans les années 1920, avant d'être interdites sous le IIIe
Reich.
La pratique du sport nu est toutefois réapparue dès 1935, organisée
par les nazis dans le Bund für Leibeszucht ou Fédération pour
l'entraînement du corps, contribuant ainsi à «la bonne santé de la
race».
Après la guerre, la pruderie a d'abord dominé dans les deux
Allemagnes et les associations de naturistes étaient interdites en
RDA. Mais la libération des moeurs s'est accélérée à la fin des
années 1960. Dans l'Allemagne communiste, la nudité s'est ensuite
affirmée en mouvement populaire.
«C'était une forme de liberté», explique Otfried Stöckert, ancien
ingénieur, retraité à Usedom. Pour Evelyn Hundorf, responsable du
tourisme de l'île, qui préfère aussi se baigner nue, « c'était
surtout parce qu'en RDA, il n'y avait presque pas de maillot de bain
chic ».
Céline Le
Prioux
Agence France-Presse
Heringsdorf, Allemagne
(2005) |