|
Il y a tout juste soixante ans aujourd'hui,
le CHM, centre naturiste, ouvrait ses portes. Rencontre avec une
pionnière.
«Bon, je te tutoie », lance Christiane Lecocq,
petite bonne femme de 99 printemps. « C'est mon mari Albert Lecocq
qui a pratiquement imposé le tutoiement dans les villages
naturistes. ça fait tomber les barrières. » Le décor est planté pour
plus de trois heures et demie de conversation.
« Comment ça a commencé le naturisme ? Eh bien, j'ai connu ma
première expérience en 1932. J'adorai bouger et danser. Mais
attention, en ce temps-là, on ne couchait pas ! On s'est retrouvées
avec ma cousine dans un dancing. On partageait une table avec un
couple qui nous a donné rendez-vous le week-end suivant au fort de
Séclin, le gymnase du Nord, près de Lille. Là, on est entrées. Ils
faisaient du sport tout nus. Alors, on s'est déshabillées. Moi, ça a
été facile : je n'avais pas grand-chose, une petite robe et une
culotte et j'adorais le sport. Ça ne m'a pas choquée, je ne me
posais pas de question. La seule obligation du week-end : entrer
dans le fort après le lever du jour et sortir avant la tombée de la
nuit ! »
« C'est un bled ! »
« Avec Albert Lecocq, on s'est rencontrés au cours de ces journées
sportives naturistes en 1933. On allaient tous de club en club :
Rouen, Le Havre… À Carrière-sur-Seine en 1949, on a demandé à
Poulain, un maître nageur naturiste, s'il connaissait un terrain
afin de créer un club près de la mer. Lui venait régulièrement à
Montalivet. C'est Toulon de Bordeaux, vice-président des Chemins de
fer, qui est allé sur place voir si c'était possible. Nous n'avions
pas trop de sous pour les déplacements, lui se débrouillait avec les
chemins de fer. Quand on est arrivés enfin, surprise, c'était un
bled ! La terre était brûlée, des bois morts partout. J'étais pieds
nus. Je me faisais mal avec les ajoncs qui repoussaient, les petits
pins qui repartaient… Il fallait être fou pour choisir ce coin. »
En 1950, ça grince à Monta
« Il y a eu beaucoup de réticences dans la commune. Notre projet a
suscité beaucoup d'histoires. Heureusement, André Lambert, le
secrétaire général de la mairie de Vendays-Montalivet, nous a aidés.
Enfin en 1950, on a signé. On a commencé par trois ou quatre petits
bungalows. On dormait par terre. Et puis si tu travailles, tu as des
résultats, mais cela n'a pas été simple. »
Le bio avant l'heure
« Les premiers naturistes avaient un slip mais étaient végétariens,
ne fumaient pas, ne buvaient pas d'alcool. Quand tu es naturiste, tu
es végétarien. Moi je mange un peu de viande, un peu de poisson. On
fait attention. On mange beaucoup de légumes, des fruits, du pain
complet. "Bio" qu'ils disent maintenant. Moi, ça me fait rire. Ça
coûte plus cher, c'est tout ! »
 (22/07/2010) |