Portrait : Roger Frey,
l'ancien baron des nuits agathoises

Ce soir, l'ancien journaliste Roger Frey avait été invité à animer la soirée organisée en hommage aux 40 ans du Cap-d'Agde. Mais finalement, le quinquagénaire a décidé de décliner l'invitation « par coquetterie ». Le sourire perpétuellement accroché aux lèvres, la peau tannée par le soleil et le cheveu blanc soigneusement peigné en arrière, il explique : « Je préfère que les gens restent avec l'image qu'ils avaient de moi. » Parce que Roger Frey a été pendant toute une époque, un personnage incontournable du Cap. Lui, arrivait de Montpellier où il travaillait au service des informations générales de Midi Libre. Il a posé ses valises ici en 1977 et n'a plus jamais voulu repartir. Des postes à responsabilité lui avaient pourtant été proposés dans la capitale héraultaise, mais il a toujours refusé, irrésistiblement attiré par les paillettes du Cap. « J'étais un peu le roi ici », souffle-t-il. Assis autour d'une table à l'ombre de sa terrasse, une bière à la main, les souvenirs défilent, chargés d'anecdotes et, surtout, de rires.
Il parle d'une époque révolue. Celle des débuts de la station balnéaire, alors que celle-ci n'était encore qu'un gros village qui n'avait pas cette notoriété qu'on lui connaît. Avec un soupçon de nostalgie, il témoigne : « À l'époque, tout le monde se connaissait. » Avec ses amis, ils étaient "les barons de la nuit", selon ses propres termes. Il y avait Tania, Jacky Bonnieu, Gérard Denestèbe et bien d'autres. « Je sortais tous les soirs en discothèque jusqu'à 4 h ou 5 h du matin. Je me demande encore comment je faisais pour travailler ! » Journaliste pour Midi Libre mais également pour Hérault Tribune, avec son compagnon d'armes, Georges Renaud qui s'occupait de la publicité, ils faisaient la pluie et le beau temps. « Quand quelqu'un venait nous voir pour faire une inauguration, on lui conseillait les meilleures dates et on lui donnait la liste des gens qu'il fallait inviter », se remémore avec bonheur Roger Frey.
Il parle aussi des grands débats de l'époque, dont l'un des plus important a été le libertinage. « Si le Cap est connu internationalement c'est grâce au naturisme, rappelle Roger Frey. L'échangisme est venu après, petit à petit. » Il fallait alors se positionner pour ou contre. Mais la polémique a véritablement pris de l'ampleur lorsqu'un postier a refusé de distribuer le courrier, se disant choqué de croiser des personnes nues. « La Poste a alors créé deux entrées, une pour les culs nuls et une pour les textiles, raconte-t-il d'un ton rieur. À l'époque, cela avait amené des journalistes de partout, même des Canadiens ! » Perché sur la colline Saint-Martin, dans une petite villa de la rue Pompéi, il aperçoit encore la Méditerranée au loin. Mais il s'inquiète quand même : « Il ne faudrait pas que les arbres poussent beaucoup plus. » Au tout début, il n'y avait personne dans ce quartier. « Il n'y avait pas de goudron, rien ! », s'exclame-t-il. Il apercevait même le cours de tennis de Pierre Barthès un peu plus loin.
Tous les soirs, sur sa terrasse qui surplombe Le Cap- d'Agde, il boit un bourbon. « En souvenir... » C'est justement pour mieux chérir ces moments qu'il ne souhaite pas être là ce soir, même s'il ajoute à demi-mot : « Je viendrai peut-être faire un tour... Mais avec une casquette et des lunettes de soleil ! »


Anne-Lise BERTIN