Le club naturiste a son espace réservé au cœur du Chablais

Discrets, les naturistes ont pourtant leurs habitudes dans le Chablais. Petit état des lieux des sites consacrés à la nudité.
« Depuis l'affaire du Temple solaire, les gens ont toujours un doute nous concernant », rigole Jean-Louis Ucla, secrétaire Rhônes-Alpes de la fédération française de naturisme et surtout président du club solaire Alpes-Léman, seul club spécialisé chablaisien.

« Nous avons compté jusqu'à 150 membres mais aujourd'hui le club ne rassemble plus que 70 adhérents adultes et 15 enfants.
Jusqu'à la période suivant mai 68, les naturistes avaient l'habitude de se rassembler dans des clubs mais un naturisme plus individualiste s'est ensuite développé. Il s'agit davantage de vacanciers qui pratiquent occasionnellement le naturisme. C'est pour répondre à ce nouveau besoin que les grands centres de vacacances naturistes se sont développés dans une optique plus commerciale
. » Pourtant, faute de grand centre à proximité, les structures associatives restent au coeur du mouvement naturiste sur le territoire du Chablais.

2 Ha à Mésinges 
Les adhérents du club solaire Alpes-Léman disposent ainsi d'un terrain réservé à Mésinges sur la commune d'Allinges. « Il appartient à l'association depuis 25 ans par le biais d'une société civile immobilière. Lorsque nous l'avons acquis, l'objectif était d'offrir aux adhérents un endroit où ils pourraient vivre nus. Nous disposons de 2 ha avec un chalet qui nous sert de club house, un espace pour le tir à l'arc mais aussi un terrain de pétanque. Le seul bémol c'est que ce terrain est exactement sur le tracé de la 2x2 voies Machilly-Thonon. » Un espace réservé qui est au centre de la petite communauté naturiste : « Nous organisons pas mal d'activités. Par exemple, chaque hiver nous proposons une randonnée en montagne, mais évidemment, ce jour-là, nous sommes habillés », rigole le président qui voit parfois passer quelques touristes hollandais. « Nous ne sommes pas un camping mais pour un après-midi, il arrive que nous recevions des visiteurs. Ce sont souvent des Hollandais qui sont toujours très bien informés sur les espaces naturistes. Même si le terrain est perdu en pleine nature, ils arrivent toujours à le trouver. » 
A Genève l'hiver 
Sur les bords du lac, les naturistes de passage dans le Chablais n'ont pas vraiment le choix : « La plage de la Pinède à Thonon est la seule plage naturiste du Léman. Ce n'est pas une plage sauvage depuis le début des années 90 et un arrêté municipal autorisant la nudité. D'ailleurs, depuis cette année, elle figure dans le guide officiel de la fédération française de naturisme et dans celui de la fédération internationale », explique Jean-Louis Ucla. Une plage que les adhérents du club ne fréquentent qu'occasionnelement car, finalement, ils ont plutôt leurs habitudes du côté de Génève. « Le mercredi de 18 h à 20 h, nous avons un créneau réservé à la piscine de Genève. Nous partageons d'ailleurs cet horaire avec trois autres clubs suisses ; cela coûte à nos adhérents 30 CHF par an. L'avantage, c'est de pouvoir pratiquer une activité naturiste tout au long de l'année.
C'est particulièrement important pour les enfants : pour eux, c'est naturel d'être nus mais s'ils ne pratiquent pas régulièrement, ils perdent vite l'habitude
. » Si la petite communauté chablaisienne a quelques lieux pour vivre nus, Jean-Louis Ucla confesse avoir d'autres objectifs : « Ce que l'on aimerait, c'est avoir un terrain suffisamment grand pour pouvoir créer un camping. Et puis, il faut reconnaître que la plage de la Pinède est tout de même un peu petite. »
JULIEN BERRIER 

 

 

Le Messager
DES NATURISTES CHABLAISIENS TRÈS DISCRETS


Maryse, presque centenaire et naturiste 
« Comme disait Sacha Guitry, une femme qui avoue son âge est capable de tout », glisse Maryse* en confessant seulement être née « dans la première décennie du siècle. » Façon de dire que la Thononaise est une "vétéran" du mouvement naturiste qu'elle a découvert il y a quarante ans. « A l'époque, le médecin avait recommandé à mon mari de longues expositions au soleil. Nous avons découvert un terrain du côté d'Annecy et nous avons commencé à pratiquer le naturisme. » Malgré la nouveauté de la situation pour elle, Maryse s'habitue, à l'en croire, sans difficulté. « Même au départ, je n'étais pas du tout gênée. De toute façon, je le faisais surtout pour la santé de mon mari. Et puis, vous savez, nous avons rencontré des gens charmants et une ambiance très correcte. » Conquise à l'époque, Maryse est restée une adepte du naturisme qu'elle continue de pratiquer au sein du club solaire Alpes-Léman. «  Aujourd'hui, je ne fais du naturisme qu'avec mes amis. Avec le club de M. Ucla, nous allons régulièrement dans des centres naturistes. Dernièrement, nous sommes ainsi allés dans le Médoc. » En revanche, Maryse confesse ne se rendre qu'occasionnellement sur la plage de la Pinède. «  La première fois que nous sommes allés sur la plage de Thonon, elle n'était pas encore officielle. Nous l'avons donc fait sur la pointe des pieds. Les choses ont changé mais j'y vais rarement, seulement avec des gens du club. » 
Sophie, de pudique à naturiste
« J'ai découvert le naturisme il y a 35 ans, à l'occasion d'un voyage dans les Landes, là où le naturisme est roi. Je vous avouerai qu'à l'époque je n'étais pas très chaude », explique Sophie. « J'étais très pudique, je ne voulais pas tout montrer. Je me souviens avoir dit à mon mari : "Si je reste les seins nus, tu pourras t'estimer heureux !" » Et Sophie de glisser en riant : «  Et aujourd'hui, j'ai du mal à supporter mon maillot de bain ! » Et de poursuivre : « Je suis même souvent nue, je fais juste attention de ne pas aller sur monbalcon. » Son activité naturiste, Sophie la pratique désormais à travers les centres de vacances consacrés et le club solaire Alpes-Léman. Quant à la plage de la Pinède, ce n'est visiblement plus son lieu de prédilection : « A l'époque, il y avait une plage au bout de la Dranse, là où aujourd'hui se trouve la réserve naturelle. Ensuite, il y a eu la Châtaigneraie, puis la Pinède au début des années 90. J'y suis allé à l'occasion, mais il faut reconnaître qu'il y a encore beaucoup de voyeurs. » Malgré ses 35 années de naturisme, Sophie avoue cacher encore à certains de ses amis son goût pour la nudité. « Ce n'est pas évident d'en parler. Après, tout dépend des gens. Lorsque la conversation dérive sur le naturisme et que quelqu'un dit : "Ah oui, les culs nus", il est évident que j'évite d'en parler. » Et puis, il s'agit parfois d'éviter d'avoir à répondre à des questions curieuses. « Ce peut-être  : « Mais comment fais-tu pour éduquer tes enfants si tu es nue ?" ou bien : "Tu fais même ta vaisselle toute nue ?" » Si Sophie définit le naturisme comme « un mouvement préoccupé par l'écologie », elle admet que pour elle, l'essentiel est ailleurs. « Moi, je suis une épicurienne. Je suis plutôt du genre à profiter de la vie, à apprécier les bonnes bouffes. » Bref, tous les goûts sont dans le naturisme.

*les prénoms ont été modifiés

 

LES BONNES ADRESSES DES NATURISTES

- Terrain du CS Alpes-Léman : 2 ha situés à Mésinges comprenant un club house, des sanitaires, des agréés et une pataugeoire pour les enfants, un terrain de mini-foot, deux terrains de pétanque, un pas de tir à l'arc, deux barbecues. Contact : csal74@live.fr .
- Plage de la Pinède : la ville de Thonon possède une plage publique où le naturisme est autorisé par un arrêté municipal. Elle est située au bord du lac dans la continuité de la plage publique et est adossée au domaine de Ripaille.
- Piscine : les adhérents des clubs associés au travers de l'interclub naturistes du Léman peuvent profiter d'un créneau réservé le mercredi de 18 heures à 20 heures à la piscine de Genève, tout au long de l'année scolaire suisse.

 

CE QUE DIT LE CODE PENAL SUR LA PRATIQUE DU NATURISME

Hors des lieux consacrés, le naturisme peut-être assimilé à un attentat à la pudeur. Depuis 1994, l'article 222-32 du code pénal stipule que  : « L'exposition sexuelle imposée à la vue d'autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. » La circulaire d'application du code pénal traitant de l'infraction en lieu naturiste fournit une interprétation de ce texte aux magistrats chargés de l'appliquer : « L'incrimination a été formulée de manière à écarter toute possibilité de poursuites à l'encontre des personnes se livrant au naturisme dans des lieux spécialement aménagés à cet effet. Le texte précise en effet que pour être répréhensible, l'exhibition doit avoir été "imposée à la vue d'autrui" (...) Il suffit que cette exhibition soit réalisée dans un lieu accessible aux regards du grand public et dans lequel une personne non consentante est susceptible de l'apercevoir. Au demeurant, l'infraction ne peut en pratique être poursuivie que si elle a été constatée par un agent verbalisateur, à la vue duquel l'exhibition a donc été imposée. »

 

("Le Messager" - 24/07/2010)