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Avant de devenir le titre de l’ouvrage – relativement – récent de
France Guillain, « Le bonheur d’être nu » a été celui d’un article
de 1912 publié par Le Mercure de France, très sérieuse revue
littéraire dont l’ancêtre remonte au XVIIe siècle. Cet article est à
la fois un document historique et un témoignage toujours actuel sur
la pratique de la nudité. En voici un large aperçu.
L’auteur, une certaine Marguerite Le Fur – sans doute un pseudonyme
– commence par un aperçu historique sur l’histoire du nu en
Occident, prenant comme toujours modèle sur l’Antiquité grecque.
Dans la Grèce antique, sous le beau ciel méditerranéen, on se
contentait de légers vêtements et même la vue du nu n’offusquait
personne. L’abondance et la perfection des œuvres plastiques léguées
par l’antiquité, et où nous trouvons la glorification constante des
formes du corps humain, nous portent à croire que les motifs
d’inspiration étaient accessibles à tous les yeux. A Sparte, jeunes
hommes et jeunes filles, complètement dévêtus, se livraient en
commun aux jeux en plein air, aux exercices du gymnase, sans que les
bonnes mœurs eussent à en souffrir : naturalia non sunt turpia .
Nous avons oublié que gymnos signifie nu et, si nous parlons encore
de la Grèce avec admiration, nous avons perdu du moins le sens de la
beauté vivante, auquel nous devons tous ces chefs-d’œuvre, marbre
rigide et froid, merveilleux reflet de la réalité, mais reflet
seulement.
L’auteur développe ensuite son panorama historique qu’on
nuancerait aujourd’hui concernant le moyen-âge où la pratique des
bains nue et collective était fréquente. Elle montre, pour
poursuivre certaines discussions du forum, l’ambivalence de la
religion catholique sur le sujet.
De nos jours, l’éducation a fait que les termes de nudité et
immoralité sont devenus presque identiques. La faute en est au
moyen-âge qui vit se développer et s’enraciner le préjugé d’après
lequel le nu serait laid, choquant, subversif. A l’époque de saint
Augustin, il est vrai, un tel état d’esprit ne semble pas encore
prédominer, car on pouvait lire dans la loi canonique: « Le corps
humain est assurément la plus belle création de Dieu. » Cependant
les préceptes de l’école des talmudistes d’Alexandrie ne tardèrent
pas à faire prévaloir des opinions contraires. On eut honte de son
propre corps qui pourtant, croyait-on, était fait à l’image de Dieu
lui-même. L’Eglise vit désormais dans toute nudité, même partielle,
un objet de tentation, une cause de perdition. Le mépris de
l’hygiène la plus élémentaire, l’abandon des thermes antiques furent
la conséquence directe de ces conceptions. Soigner son corps, le
tenir propre, n’était-ce pas s’exposer infailliblement aux pensées
obscènes ?
La Renaissance ne partagea pas ces appréhensions. En découvrant
l’esprit véritable de l’antiquité classique, on voulut le faire
revivre et, dans nombre de villes de France, s’ouvrirent des
piscines publiques où, pendant plusieurs générations, hommes et
femmes se baignaient en commun, sans costume et sans honte.
Cependant, cette réaction ne dura pas. Ces idées saines et
naturelles ne devaient pas tarder à être de nouveau étouffées par le
grand siècle. L’horreur du nu ramena l’abandon et la négligence des
pratiques de l’hygiène. A la veille de la Révolution française, les
femmes du grand monde qui, à Paris, avaient une baignoire dans leur
cabinet de toilette, étaient une infime minorité. Se baigner et
soigner son corps, c’était sans doute pour en faire un mauvais usage
; comme si l’accumulation constante des vêtements, une certaine
odeur avec une certaine malpropreté étaient le signe le moins
contestable de la vertu d’une femme.
Comme aujourd’hui, les pays nordiques sont considérés comme des
modèles sur la banalisation de la nudité.
A ce règne presque ininterrompu de la malpropreté corporelle et du
préjugé contre le nu a succédé, de nos jours, une réaction ; le soin
de la toilette, qui a provoqué; chez certains adeptes, une véritable
passion de l’eau, tend, en général, à atténuer de plus en plus le
vieux sentiment de pudeur physique. La Suède nous en fournit une
preuve significative. Dans la presqu’île de Kullen, à l’entrée du
Kategatt, on peut voir, par les claires journées d’été, des groupes
joyeux de jeunes gens et de jeunes filles s’ébattre dans. les eaux
doucement agitées des criques rocheuses. Aucun vêtement ne cache
l’éclatante blancheur des corps, ne trouble la pureté de leurs
lignes et cette nudité générale dans ce cadre merveilleux n’a rien
de répréhensible pour un esprit que la grivoiserie ne vient pas
fausser constamment, car l’impudeur même comporte une pudeur
véritable, qui réside dans le calme des regards, la chasteté des
mouvements et des attitudes.
L’essentiel de l’article concerne néanmoins le développement du
naturisme en Allemagne.
L’évolution actuelle en faveur du nu se traduit en Allemagne par des
manifestations et certaines tentatives qui frappent autant par leur
hardiesse que par la sorte de publicité dont elles s’accompagnent.
[...]
Déjà une petite avant-garde, éprise de sports, lutte vaillamment à
Berlin pour le droit d’être nu. Cette phalange grossit
journellement, essaime en province et n’est pas composée, comme
certains pourraient le croire, d’utopistes ou d’individus à
l’imagination dépravée. Les amis de la lumière, ainsi qu’ils
s’intitulent, ont formé plusieurs groupements de gens réfléchis et
libres venus de toutes les classes sociales. Le plus intéressant est
certainement le Freya-Bund. Il recrute ses membres avec précaution,
après enquête minutieuse sur leurs antécédents moraux et les vrais
motifs qui leur ont fait solliciter leur admission. Le Freya possède
dans la banlieue de Berlin un parc entouré de clôtures hermétiques,
sorte de terrain de sports avec des allées ombragées et de l’eau
courante; les sociétaires des deux sexes – et le « beau sexe » y est
avantageusement représenté – y vont en commun, plusieurs fois par
semaine quand la température est assez clémente, se livrer aux jeux
de plein air dans le plus simple appareil.
L’article devient ainsi le résultat d’une enquête sur le
développement du naturisme et l’auteur interroge un certain Dr
Küster, président du Freya-Bund.
Nous vivons, me dit le Dr Küster, en des temps difficiles ; de tous
côtés on entend réclamer plus d’air, plus de lumière, et, aussi,
plus de vérité et de liberté, tandis qu’un parti, toujours aussi
vivace, nous conteste le droit à cette même lumière à cette même
liberté. Pour ce qui regarde, en particulier, le droit d’être nu,
c’est dans les milieux les plus cultivés, semble-t-il, là où les
arguments de pure raison devraient convaincre, que l’on se libère le
moins facilement de cette idée erronée qu’un corps sans vêtements
est chose choquante. Le nu, en effet, constitue, prétend-on, une
provocation irrésistible, inévitable; aux pensées malsaines.
Jusqu’en ces dernières années, il était en quelque sorte convenu
chez nous qu’il y avait atteinte à la morale à se montrer à des
personnes de sexe différent, vêtu seulement d’un costume de plage.
Les bains mixtes, dont Berlin a pris l’initiative, ont mis fin à
cette fausse conception ; nous sommes persuadés que le jour n’est
pas loin où chacun conviendra que le nu en plein air, loin de
corrompre l’esprit, tend à l’élever et à le moraliser. Certes, la
foule n’est pas encore suffisamment préparée pour approuver cette
manière de voir et elle semble encore moins disposée à faciliter la
réalisation de nos idées. Nous avons été et nous ne cessons d’être
l’objet des railleries, de la malveillance d’une certaine presse
qu’on appelle presse noire, chez nous, en Allemagne. Nos plus
violents adversaires se trouvent dans les rangs de ces austères
protecteurs de la morale que l’on voit, dans les musées, chuchoter
niaisement ou tenir des propos grivois devant les statues antiques.
Ils prétendent que Dieu fit l’homme à son image, et pourtant, ils
considèrent celle-ci comme un tel objet de scandale qu’il faudrait,
pour leur complaire, affubler d’un caleçon mainte statue de nos
jardins publics et de nos galeries artistiques. Nous sommes même à
nous demander si leur pieuse sollicitude ne devrait pas s’étendre
pareillement aux bêtes qui, dans la rue, offrent le spectacle de
leur nudité !
Notre propagande, poursuit mon interlocuteur, n’a pas souffert des
attaques dirigées contre elle. Bien plus, nous avons gagné à avoir
attiré sur nous l’attention publique, en ces dernières années. Toute
une littérature de combat est née de ce conflit avec la réaction.
Nous avons publié une forte brochure, illustrée par la photographie
: la Lutte des amis de la lumière contre les hommes des ténèbres .
On y trouve l’exposé et la justification de nos principes. Cette
année même a paru un Appel aux femmes, qui va être suivi d’une revue
bi-mensuelle illustrée, Der Lichtfreund. Notre groupement, le Freya-Bund,
fondé le 30 octobre 1909, est d’ailleurs la seule société « de nu et
de sports de plein air » dont les agissements n’ont pas à craindre
le grand jour, une publicité sans restriction.
L’argumentation scientifique développée ensuite garde aujourd’hui
sa pertinence, même s’il n’est pas encore question des dangers d’une
exposition non contrôlée au soleil !
Le Dr Küster m’entretient ensuite des bons effets d’une cure de
soleil au point de vue physiologique. Les rayons solaires, me
dit-il, augmentent le nombre des globules du sang, attirent celui-ci
vers la périphérie, décongestionnent ainsi nos organes et activent
les fonctions de la peau. Le soleil agit sur le corps tout entier de
la même manière et mieux que les sinapismes, et les bains d’air
opèrent des cures remarquables de l’anémie et de la neurasthénie.
[...]
Le public attribue plusieurs fièvres accompagnées de frissons aux
refroidissements, alors que la maladie, conséquence d’une infection
bacillaire, est latente, en réalité, depuis des semaines quand se
manifeste la fièvre et la sensation de froid. Cette crainte d’un
refroidissement nous porte à nous recouvrir de vêtements toujours
plus épais et, par suite, à isoler notre épiderme de tout contact
avec l’atmosphère ; devenu de la sorte plus délicats, notre pouvoir
de réaction contre les affections diverses se trouve diminué. On
cherche à éviter la maladie et l’on court à elle. Combien nous
aimons l’air, tant que l’habitude des vêtements ne nous a pas encore
amollis, les parents peuvent s’en rendre compte tous les jours en
observant leurs enfants au berceau ne les voient-ils pas s’efforcer
sans. cesse de rejeter les couvertures et sourire d’aise quand ils
sont tout nus ? Puisque nous venons au monde sans vêtements, il est
à croire que la nature nous a formés de manière à nous permettre de
vivre nus, sans quoi elle nous aurait donné des plumes ou une
toison.
Notre nudité a évidemment son but, qui est d’accroître notre
résistance, nous permettant ainsi de nous accommoder avec plus de
facilité des changements de température et de climat. On dit
généralement que l’homme s’est couvert pour se protéger contre le
froid : cela est inexact. Notre épiderme possède un merveilleux
appareil régulateur, grâce auquel nous pouvons braver tous les
changements atmosphériques, tant qu’ils ne sont pas absolument
exceptionnels. La circulation n’est jamais aussi active que par les
grands froids quand nous nous donnons de l’exercice. C’est en le
frottant avec de la neige qu’on ramène à la vie un homme sur le
point d’être gelé et le meilleur moyen d’avoir les pieds chauds est
de courir pieds nus dans la rosée matinale, ou même dans la neige.
Le développement sur la pudeur, fruit d’une construction
culturelle et non acquis naturel, conserve aujourd’hui son
actualité.
Les jeunes enfants qui vont nus le font en toute innocence, nous ne
saurions en douter. Cependant, on vient de leur conter que ce n’est
pas convenable, qu’ils doivent être décents, se couvrir. Tout
d’abord ils ignorent pourquoi. Puis, d’une manière insensible, par
des réticences ou des explications aussi peu acceptables que
possible, on leur fait acquérir une conscience vague du mystère
sexuel. En tous cas, on leur apprend à considérer les différences et
les rapports entre les deux sexes comme des choses immorales, tandis
que leur esprit, non encore prévenu, serait plutôt porté à y voir
des faits purement naturels.
Le résultat de cette déplorable éducation sexuelle, c’est que toute
la jeunesse confond nudité et pornographie. Si, dans sa classe, un
maître a la maladresse ou l’audace de prononcer par hasard le mot «
nu », il lira aussitôt sur tous lés visages la même surprise que
s’il avait tenu quelque propos ordurier, puis, des ricanements
significatifs lui apprendront de quelle manière il fait vagabonder
les imaginations.
Même chose sur le préjugé toujours à combattre sur la confusion
nudité-sexualité.
Les explications que je viens de vous donner, poursuivit le
représentant de la Freya, suffiraient sans doute à mettre en lumière
la pureté de nos intentions et l’utilité du but que nous nous
proposons. […] Combien de fois n’est-on pas venu me dire : « Comment
peut-on se montrer nu comme un ver à des femmes pareillement nues
sans se sentir porté d’une manière impérieuse, et sans doute
indiscrète, à des entreprises pour le moins déplacées ? Vos réunions
ne sont-elles pas la pire des excitations à la débauche ? Vous ne me
persuaderez pas qu’il ne se passe rien dans votre parc ! » Je n’ai
toujours eu que cette réponse.
Soyez des nôtres, expérimentez et vous serez fixée. Vous vous
étonnerez de la rapidité avec laquelle vous prendrez l’habitude de
votre propre nudité et de celle d’autrui, vous serez charmée du bon
ton et de la cordialité qui règne parmi nous. Vous ne douterez plus
alors que l’obscénité n’est nullement dans les objets offerts à vos
regards, mais qu’elle y est suggestionnée. Et j’ajoute encore ceci,
qui regarde les hommes particulièrement : si vos sens sont
surexcités par les provocations du demi-nu que vous ne cessez de
rencontrer en soirée, dans les salles de spectacle et même dans la
rue, faites une cure de nu; le calme vous reviendra, vous sentirez
vos nerfs se détendre comme par enchantement et vous conserverez de
vos visites à notre parc de sports un souvenir radieux, fait de joie
naïve et d’un profond sentiment de libération physique et morale.
L’article se termine ainsi avec le récit de l’expérience de
Marguerite Le Fur au Freya-Bund. L’expérience de cette femme en 1912
rejoindra sans doute celle de beaucoup d’entre nous.
Une demi-heure de chemin de fer, quelques landes et un bois de pins
à traverser et je me trouvai à l’auberge de campagne aux environs de
laquelle la Société avait aménagé son « bain d’air ». A l’entrée de
celui-ci, les cabines étaient rangées en file : la jeune femme qui
m’accompagnait m’en ouvrit une, puis pénétra elle-même dans la
cabine d’à côté. Quelques minutes plus tard, j’entendais déjà ma
compagne s’entretenir au dehors avec les personnes qui nous avaient
devancées ce jour-là. Lentement je quittai mes robes, regrettant
déjà de m’être risquée. en pareil endroit. Ayant dépouillé mes
derniers voiles, je m’approchai de la glace qui garnissait l’une des
parois du réduit et me mis à me contempler.
Certes, mon corps possédait des lignes harmonieuses, était souple et
élancé; combien, pensais-je, allait-il être gênant pour moi de le
livrer bientôt à tous ces regards étrangers ? imaginations fausses
que des siècles de mœurs conventionnelles avaient déposées en moi Où
oserais-je moi-même porter les yeux, tout à l’heure ? Un dicton
populaire, jadis entendu chez nous, me revint en mémoire : « Il n’y
a pas de honte à être nue quand on est belle. » D’ailleurs, en
rejetant mes vêtements, n’avais-je pas abandonné déjà mes idées sur
la décence ? On frappa à la porte de ma cabine : je sortis
timidement et me trouvai en présence de quelques-unes des dames et
des jeunes filles qui m’avaient été présentées à Berlin, au club de
la Société.
Elles s’empressèrent autour de moi et nous nous dirigeâmes ensemble
vers un emplacement où des messieurs que je connaissais tous se
livraient à des exercices de gymnastique. J’imaginais que, ne
pouvant me « déshabiller » davantage, on me détaillerait du moins
avec curiosité. Il n’en fut rien. Le regard de ces hommes était
chaste, libéré de cette sensualité trouble dont je m’attendais,
malgré tout, à subir la suggestion. Il apparaissait clairement que
chacun d’eux aurait eu conscience de commettre une trahison à mon
égard et vis-à-vis des autres, s’il ne m’avait témoigné ce respect
accordé aux femmes en société, dans les circonstances ordinaires.
Inaccessible désormais à toute pensée malsaine, je m’éloignai un
instant du groupe de mes amis pour aller examiner le parc. Je me mis
à flâner sur des pelouses ensoleillées et dans des sentiers pleins
d’ombre, éprouvant un plaisir intense et naïf à me sentir plus près
de la fleur, de l’arbre, du ruisseau. Joyeuse et libre comme la
lumière dont j’étais baignée et toute pénétrée; je me découvrais des
trésors insoupçonnés de sympathie, de bonté et, parce que nue,
j’avais plus vivement l’impression de participer à l’unité et à
l’harmonie des choses. Plus de barrières, plus de conventions !
Honte, pudeur, ces mots me faisaient maintenant sourire, tandis que
j’admirais la grâce de sveltes jeunes filles qui, au loin, sur un «
court » de gazon, maniaient savamment la raquette.
Je fus tirée de. ma contemplation par la venue d’une bande joyeuse
qui m’appelait pour une partie de croquet. Complètement apprivoisée,
je fis comme tout le monde, jouant et bavardant avec entrain. A
aucun moment la conversation ne prit un tour scabreux. Les sexes
s’ignoraient. Enfin, le soir arriva et, le soleil s’étant dérobé
derrière les massifs, une soudaine fraîcheur vint nous rappeler
notre nudité. Chacun rejoignit sa cabine. Quand je repris mes
vêtements, ce fut avec un véritable regret. Le plaisir d’être nue
avait été trop grand pour que le contact des étoffes et du linge ne
me produisit tout d’abord une impression franchement désagréable.
[...] Je me sens libérée, maintenant et pour toujours, de ces
pensées grivoises, de ces imaginations fausses que des siècles de
mœurs conventionnelles avaient déposées en moi. Par une sorte de
rééducation qui fut singulièrement rapide, j’ai enfin reconnu que la
vérité est chaste par essence, que l’admiration de la beauté peut
être dépourvue d’érotisme et je crois avoir ainsi reconquis un peu
de l’antique et heureuse naïveté des femmes de l’Hellade.
On peut ainsi lire ce texte comme un document historique, mais
aussi comme un témoignage d’une première expérience bien proche de
celles rapportées dans le forum : plaisir de la nudité dans un
contact vrai du corps avec l’air, le soleil, la nature, vraies
relations entre individus qui ne sont plus soumises aux préjugés
physiques ou sociaux ; l’homme est toujours pareil à lui-même. On
peut aussi s’attrister de voir que, depuis 1912, assez peu de choses
ont changé : les pays nordiques et germaniques sont toujours en
avance sur nous concernant la banalisation de la nudité, et, si la
possibilité de vivre le naturisme en France dans des lieux
rigoureusement balisés est acquise depuis longtemps, la
généralisation du nu semble toujours une utopie : les « imaginations
fausses que des siècles de mœurs conventionnelles [ont] déposées en
[nous] » ne sont pas encore vaincues !
Traor
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