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Yves, 77 ans, est le doyen
du Club naturiste morbihannais. Cette association gère le camping
Les Bruyères d'Arvor, installé en pleine campagne à Cléguer. Pour
mieux nous faire comprendre sa philosophie, Yves tombe le masque...
Et tout le reste.
Comment êtes-vous entré en contact avec le naturisme ?
J'ai vécu mon enfance au milieu des bois, en Touraine, dans une
grande propriété de 700 hectares. J'ai grandi au contact de la
nature, avec aussi, des expériences dans les camps de scouts.
Lorsque je suis arrivé à Lorient, j'ai fréquenté les plages
naturistes de la région, celle des Kaolins à Ploemeur ou encore
celle de Kerminihy à Erdeven. J'ai adhéré au Club naturiste du
Morbihan en 1981. Je suis aujourd'hui le doyen de l'association.
Combien d'adhérents composent l'association ?
Nous sommes actuellement une trentaine d'adhérents. Ce chiffre a
tendance à baisser. Nous avons été plus de 70 il y a quelques
années. Aujourd'hui, il devient de plus en plus difficile de
mobiliser les jeunes. Ceux-ci ne veulent plus s'engager de peur
d'être jugés par les autres. Ils préfèrent fréquenter les plages.
Pour quelles raisons adhérez-vous à la philosophie naturiste ?
J'apprécie la relation simple que nous entretenons avec la nature.
J'éprouve une grande sensation de liberté. Le naturisme prône le
respect de soi et des autres. Le maître mot est la convivialité. La
nudité permet de faire tomber les murs entre les hommes. Au début,
c'est un peu surprenant puis au bout de quelques heures, on ne prête
même plus attention à la nudité de l'autre.
Quel type de clientèle fréquente le camping ?
Nous accueillons beaucoup de familles en provenance de toute la
France. Les Hollandais sont surreprésentés. Ils font étape ici avant
de se diriger vers le Sud de la France. Nous comptons quelques
fidèles mais la plupart des clients sont de passage. La durée
moyenne de leur séjour est de quatre nuitées. La population locale,
quant à elle, s'arrête ici pour passer le week-end. La moyenne d'âge
de la clientèle se situe entre 45 et 50 ans.
Faut-il obligatoirement être adhérent de l'association pour
être autorisé à entrer dans le camping ?
Non. Nous acceptons tout le monde. Il n'existe pas de consignes
particulières à appliquer si ce n'est le respect des règles
élémentaires d'hygiène et de savoir-vivre. Il n'est pas forcément
nécessaire de réserver avant de venir. Beaucoup passent un simple
coup de téléphone pour nous alerter.
Avez-vous déjà refoulé des personnes malveillantes ?
Malheureusement oui. Des voyeurs tentent parfois de pénétrer dans le
camping. Nous les repérons très vite à la manière qu'ils ont de
roder sur le site. Nous sommes aussi très vigilants au sein de
l'association. Des procédures d'exclusion concernant certains
membres du club ont déjà été prononcées.
Quelles sont les activités au sein du camping ?
Les membres de l'association organisent de nombreuses soirées
ludiques et thématiques. Nous partageons beaucoup de choses comme le
grand barbecue collectif. Nous disposons d'un potager biologique
ouvert à tous. La pétanque reste l'activité phare du camping. Les
nombreux concours mis en place sont très disputés. La piscine
découverte permet également de pratiquer la natation à tout moment.
Nous avons récemment organisé le «week-end les motards naturistes
dans le Morbihan». La météo était capricieuse, mais cela n'a pas
empêché le camping de proposer de nombreuses balades et animations.
Comprenez-vous que le naturisme génère encore un certain
nombre de préjugés ?
Tout cela est une question d'éducation souvent liée à un certain
puritanisme. Les vêtements constituent un moyen de se cacher, de se
donner une image. Ici, on ne prête pas attention à l'aspect physique
de l'autre. On accepte d'être ce que l'on est. La nudité, et donc la
transparence, amène à plus de tolérance.
Les mentalités évoluent-elles ?
Oui progressivement. La communauté naturiste est de plus en plus
visible car de plus en plus importante. La France reste la première
destination naturiste au monde. Dans les années 60-70, les
municipalités installées sur le littoral étaient plutôt réticentes à
l'implantation de zones naturistes. Aujourd'hui, elles sont plus
compréhensives, conscientes de l'impact économique généré par ce
type de tourisme. La pratique est plus développée dans le Sud de la
France où il existe de grands centres de vacances. Malgré tout, la
loi reste sévère. Cela fait des années que la fédération française
de naturisme (FFN) demande que la distinction soit faite entre la
nudité en public et l'exhibition sexuelle (lire ci-contre). Des pays
comme l'Allemagne sont beaucoup plus libéraux que nous. À Berlin, la
nudité dans les jardins publics est tolérée.
Quels sont vos rapports avec la population locale ?
Nos rapports sont très bons. Lorsque nous organisons des journées
portes ouvertes, nous convions les voisins à la fête. Tout se passe
également très bien avec la municipalité et les commerçants. Le
boulanger nous livre le pain tous les matins.
Propos recueillis par Steven Lecorn
("Le Télégramme" [Lorient] 27/06/2011) |