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Sous la pluie, les
naturistes du Domaine du Portrait, à Saint-Séverin, ne sont pas à la
fête. Ils attendent un rayon de soleil pour oublier le camping
textile. Et sauver la saison.
Joop est néerlandais. Il vit
en Norvège, aime la France et le naturisme depuis vingt ans. Dans
les allées du Domaine du Portrait, à Saint-Séverin en Sud-Charente,
sous l'auvent de son camping-car, il fait bien de le préciser. Comme
ses camarades de camping, Joop porte un bermuda, un polo, s'apprête
à enfiler un blouson pour enfourcher sa Vespa. Bon, d'accord, il est
pieds nus dans ses Crocs. Sous le crachin, Joop a conservé son sens
de l'humour. «Aujourd'hui, c'est camping textile...»
Wim Ellenbroek, le maître des lieux lui aussi habillé comme en
hiver, rit. Mais un peu jaune. Depuis plus d'une semaine, il
s'arrache les cheveux en scrutant le ciel. Un camping pour
naturistes, c'est par essence une activité de plein air. Et même si
les clients débarquent du grand Nord, en habitués qu'ils sont des
intempéries, la pluie a plombé leurs vacances.
Le désert autour de la piscine
La semaine dernière, il y avait douze emplacements occupés sur le
seul terrain naturiste de Charente. «Il y en a six qui sont partis
ce week-end et ce lundi matin», se désespère Wim Ellenbroek, sous
son chapeau de pluie. «C'est comme un camping naturiste aux
Pays-Bas», plaisante Tineke, son épouse zélée qui n'a passé qu'un
tee-shirt. Son mari corrige avec malice: «Un camping en Bretagne...»
Autour de la piscine, c'est le désert. Mais à l'image de Fons,
plongé dans son quotidien, et de son épouse Mai, captivée par son
roman, les campeurs font comme d'habitude. «Ils viennent ici pour le
repos, le calme. Ils aiment bien se promener dans la région, mais
aiment aussi une chaise longue et un livre.»
Fons confirme. Il est là depuis deux semaines. «La première, c'était
bien. Aujourd'hui, c'est triste.» Il devait partir jeudi. Il a plié
la tente mardi. Pas de quoi décourager Joop. C'est la troisième fois
qu'il vient. Il a prévu de passer un mois sur place. À cause des
grands espaces, de la nature, du calme et du panorama. Au moins, lui
n'a pas décidé de mettre cap au sud. Cela rassure un peu Wim
Ellenbroek, qui n'attend qu'un rayon de soleil pour quitter ses
vêtements et renflouer ses comptes. Les trois premières années,
c'était plutôt bien. Alors, tout en allant faire le conseiller en
projets informatiques aux Pays-Bas pendant l'hiver pour mettre des
sous de côté, il a engagé de gros investissements. Des espaces
supplémentaires pour les campeurs, un chalet en bois pour les
amateurs de confort - «Parce que les naturistes aiment autant le
petit plus qui fait luxe que la tente basique sans électricité» - et
un grand bâtiment de sanitaires qu'il est en train de carreler.
Les risques du métier
Une saison pourrie suffit à plomber les comptes. «C'est le risque
des entreprises de plein air», se console-t-il, un brin fataliste.
Mais il sait qu'il sera un peu juste, par rapport au prévisionnel
sur quatre ans. «Au moins, corrige Tineke Ellenbroek, c'était un bon
choix. On a beaucoup de contacts avec les gens du village et les
clients sont contents. C'est l'essentiel.»
Mais pour remplir les dix-huit emplacements terminés, il faudrait un
rayon de soleil. Parce que pratiquer le naturisme habillé a ses
limites. Déjà, «on manque la clientèle spontanée, celle qui arrive
sans réservation». Si août est clément, et Wim et Tineke Ellenbroek
n'en doutent pas, la donne peut être totalement changée. Pour le
calme et la détente, le client est capable de téléphoner la veille
pour dire «j'arrive».
Il suffit d'un rien. Un petit rayon de soleil et hop, les vêtements
disparaissent. Les gens se retrouvent autour du terrain de boules
avec un verre de rosé à la main. Les vacances quoi.
("Charente Libre"
- 27/07/2011) |