Camping naturiste à Eymoutiers : le soleil a rendez-vous avec les lunes

Dans un cadre idyllique, loin des clichés sur le naturisme, Alain, Bernadette et les clients de leur camping prônent la vie en tenue d'Adam et Eve. Une liberté... et parfois même une thérapie.

Ils ne connaissent pas la tristement célèbre marque du maillot, encore moins le slip de bain trop étroit parce qu'il est de l'année dernière et qu'on veut absolument faire mentir sa balance. Ils ne connaissent pas non plus les regards déshabilleurs curieux de voir pointer un téton ou, dans un autre registre, avides d'examiner les bourrelets de la voisine de plage.

Non, eux, ils sont libres comme l'air : nus comme des vers et heureux comme des mômes sur un tas de sable.

En pleine campagne, sur 10 hectares, ils viennent savourer le plaisir du naturisme, réprouvé en son temps - et manu militari - par le brigadier Cruchot et toujours honni de certains esprits étroits et tenants de la bien-pensance moraliste. Extrêmement développé en France (2 millions de "pratiquants" dont les deux tiers d'étrangers chaque été, 107 structures et 116 plages), le naturisme souffre encore, pourtant, d'une image un peu sulfureuse, très loin de l'esprit que ses amateurs tentent de faire valoir.
« Nous ne sommes pas des exhibitionnistes ! », clame Alain Tanguy, propriétaire du camping et récemment converti aux vertus du vivre à poil.

Nouvelle peau

Alain était tourneur dans une usine et sa femme Bernadette secrétaire de direction d'une entreprise. Ras-le-bol de la région parisienne, ras-le-bol de leur travail, ils ont décidé de changer de vie. Quand ils ont découvert le naturisme, ils avaient déjà l'idée d'ouvrir un camping. Le tissu associatif étant bien développé dans notre région (où les centres sont essentiellement tenus par des Hollandais, grands amateurs) et le potentiel réel (la valeur nature est une valeur sûre chez les "sans culottes"), ils se sont installés sur le site des monts de Bussy, à deux pas d'Eymoutiers, dans un cadre enchanteur.

De mi-avril à fin octobre, ils accueillent des naturistes venus du monde entier, des habitués mais aussi parfois des novices.

Nouveau regard

« Le côté familial de notre centre est idéal pour ceux qui veulent tenter l'expérience ». Ce qui arrive même à certains à leur corps défendant. « Un jour, raconte Bernadette, la mairie d'Eymoutiers nous a demandé d'héberger pour la nuit une famille de "textiles" qui n'avait pas trouvé de logement. Le lendemain matin, les enfants ont eu très envie d'essayer la piscine chauffée sans maillot... et les parents s'y sont mis aussi.

Il s'agissait de personnes handicapées qui nous ont dit leur bonheur, pour la première fois de leur vie de n'avoir pas à subir le regard des autres ». Car c'est aussi ça - et même surtout ça - le naturisme : « On n'a pas le même rapport avec les gens, il y a moins de barrières socials, plus de respect mutuel ».

Nouvelle attitude

Pour Valérie, une des clientes du camping, c'est aussi « un moyen de se réconcilier avec son corps, d'effacer ses complexes ». « On devrait faire rembourser le naturisme par la sécu, renchérit son mari Thierry, ça éviterait beaucoup de problèmes psychologiques ».
Une thérapie le naturisme ? « En tout cas, on sait que beaucoup de gens sont tentés, relève Alain, mais n'osent pas passer le pas. Il faut oser, on n'est pas une secte ! Simplement, on n'a pas de tabou avec notre corps... on est tellement beaux de l'intérieur ! ». Après un tel argument, les voyeurs et détracteurs de tout poil n'ont plus qu'à aller se rhabiller !

 

(10/08/2011)