En théorie, il
est permis de se promener nu partout en Catalogne, puisqu’aucune loi
ne l’interdit. Mais le comité municipal «Vivre à Barcelone» a prié
hier les naturistes de tout poil de se rhabiller. Pas sur les
plages, où les poitrines pourront continuer à être exhibées. C’est
dans les rues, où quelques Barcelonais se promenaient entièrement
déshabillés, que les nudistes pourront être punis d’une amende
allant de 150 à 500 euros si le nouveau règlement passe la rampe du
vote du Conseil municipal réuni en séance plénière le 25 mars
prochain.
La proposition de sévir a été introduite par les indépendantistes
tant de gauche que de droite. Les autres partis trouvaient «ridicule
de surcharger la police locale en la forçant à chasser les gens en
maillot de bain». Mais les deux premières formations possèdent une
majorité confortable.
Un million de nudistes
La volonté des antinudistes a surpris plus d’un observateur. «On
estime qu’environ un million de Catalans, soit 15% de la population,
pratiquent à un moment de l’année le nudisme, ne serait-ce qu’en
allant à la plage», explique Joaquim Plana, président du Club
catalan de naturisme, à El Periódico de Catalunya.
Mais, si la présence de gens déshabillés en bord de mer ne gêne que
peu d’habitants, il en va tout autrement en ville. La police a
enregistré plus de 300 000 plaintes l’année dernière de citoyens
choqués de voir des personnes, en majorité des touristes, déambuler
en ville en bikini ou torse nu pour les hommes, par exemple.
Marre d’être envahis
Les rares Espagnols qui pratiquent le nudisme au centre de Barcelone
ne gênent en revanche que très peu de monde. «La nudité n’est de
toute manière qu’un prétexte, estime une habitante dans la presse
régionale. Cette chasse aux sorcières est le résultat d’un sentiment
antitouriste. Les Barcelonais en ont ras le bol de subir une
invasion de visiteurs dans leur ville. La nouvelle loi est une
manière de l’exprimer et de les prier de ne pas se comporter en
terrain conquis pendant leur séjour.»
Les partis politiques au pouvoir ont reçu ce message et entendent y
répondre affirmativement en cette année électorale.
("Le Matin" -
21/01/2011)