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À leur contact, Alain est
comme "dans une prison". Jonathan n'y voit rien qu'un "devoir
social". Et si Florent les ôte pour "sentir la nature", Mélanie
elle, voudrait "apprivoiser" son corps. Les vêtements, c'est ainsi,
ils les portent? dans leur sac. Et s'en vont marcher nus, dans la
montagne Sainte-Victoire. C'est la première fois pour Mélanie et son
époux qui, sur le parking du rendez-vous, peinent à cacher leur
inquiétude. Ils nous avoueront plus tard que la présence de
journalistes a failli les faire renoncer. "Il faut respecter notre
anonymat, changer nos prénoms et faire en sorte que l'on
n'apparaisse jamais sur les photos. Cela vous étonnera peut-être,
mais nous sommes pudiques." Soit. Mélanie écrase sa dernière
cigarette et les membres de l'association naturiste phocéenne se
mettent en route. Ce n'est qu'une fois éloignés du parking et des
regards, qu'ils se "libèrent" de leurs tissus; un simple pagne est
accroché à leur sac, à portée de main en cas de rencontre.
Le corps libéré et l'esprit avec lui
Si l'exhibitionnisme est formellement réprimé en France, il est à
dissocier du naturisme qui, lui, ne trouve pas de législation
stricte. De la difficulté de faire passer une loi relative à
l'apparence? Sur le chemin, les naturistes racontent leur histoire.
Comment ils ont eu ce besoin à un moment de leur vie, "de revenir à
quelque chose d'essentiel. De naturel, assure Alain, la soixantaine.
Je vis nu, chez moi, à la plage, lorsque les circonstances me le
permettent. Quand je remets mes habits, j'ai l'impression de
m'emprisonner dans un nid à microbes. Alors, quand j'ai découvert,
dans un reportage télévisé dans les calanques, que cette association
organisait des rando-nues, j'ai adhéré." Et dans chaque bouche, le
même mot. Liberté, liberté, liberté. Le corps libéré et l'esprit
avec lui. "Affranchi de tout, dans le respect de l'autre, résume
Bruno, président de l'association. L'impression extrême que tout le
corps respire, dans un contact permanent avec les éléments naturels.
Voilà ce que l'on ressent. La nudité est ma tenue vestimentaire.
Quand je remets mon short, j'ai la sensation de couper mes jambes."
Florent, web master du site de l'association, a déjà randonné nu,
seul. C'est la première fois qu'il le fait en groupe. "Je sens la
fraîcheur, le vent et le soleil sur ma peau. Je sens les brindilles
sur mes jambes, la nature entière. C'est un bien-être qu'on ne peut
pas imaginer, il faut le vivre." Derrière lui, Mélanie fuit toujours
l'appareil photo. Mais elle s'est rapprochée du groupe et entre
désormais dans la conversation, sans trop s'en apercevoir. "Je me
sens bien. C'était un défi pour moi et je trouve ça incroyable de
vivre cette expérience. Je voulais casser les tabous autour de moi,
éclater les frontières, c'est un immense travail sur ma personne que
je suis en train de réaliser et je suis tout simplement heureuse."
Jonathan, son époux, la rejoint. Dans sa vie professionnelle, il a
toute une équipe sous ses ordres. Il se livre : "Si je me sens bien
dans mon corps, alors je me sens bien avec les autres. Je suis moins
tendu et plus tolérant. Je sens déjà que cette expérience va m'aider
dans ce sens et je la renouvellerai."
Puis, comme si la nudité conduisait à la méditation, le silence se
fait sur Sainte-Victoire. Un couple, vêtu, passe. La présence de
corps nus ne le dérange pas. Pourquoi faudrait-il qu'elle dérange ?
"C'est étonnant, on a l'habitude de recevoir des images d'un
érotisme extrême à la télé, à n'importe quelle heure de la journée,
des clips plus que suggestifs et des scènes sans tabou. Cela ne
choque personne, s'étonne Laurent, trésorier de l'association. Allez
savoir pourquoi, dans la réalité, la nudité dans tout ce qu'elle a
de plus simple, devient fortement assimilée à la sexualité." Mélanie
acquiesce. Son visage s'est ouvert, elle évolue fièrement au milieu
du groupe et se lance : "Monsieur, je peux être sur la photo ?"
Nadia TIGHIDET
(28/10/2011)
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