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Dès 1927, les Naturistes de
Provence ont non seulement réalisé un des tous premiers centres
naturistes français près d'Aix-en-Provence mais ont très vite
pratiqué le naturisme en liberté profitant de sites naturels
exceptionnels comme le massif des calanques ou les îles du Frioul.
CHRONIQUE D’UNE NAISSANCE
Les randonueurs qui parcourent de nos jours le massif de la
Sainte Victoire à Aix-en-Provence ne se doutent peut-être pas que
c’est au flanc de la mythique montagne de Cézanne qu’a été créé le
tout premier centre naturiste provençal il y a plus de 80 ans.
La toute nouvelle Association Naturiste Phocéenne conduite par Bruno
Saurez qui regroupe les naturistes de Marseille et de sa région
s’inscrit dans une dynamique de renouveau du naturisme local,
pratique particulièrement ancienne comme nous le révèle
l’exploitation d’archives naturistes qui nous permettent de la faire
remonter aux premières années du XXème siècle.
Après plusieurs initiatives
isolées, le premier véritable regroupement naturiste provençal eut
lieu dans le cadre des sections régionales des ligues Vivre créées
sous l’impulsion de Marcel Kienné de Mongeot. La toute première
mention des Naturistes de Provence se trouve en effet dans le n°23
du 15 janvier 1928 de la revue Vivre Intégralement fondée par Kienné
de Mongeot 2 ans plus tôt. Il s’agit du compte rendu de la réunion
qui a eu lieu le dimanche 18 décembre 1927 à Aix en Provence au Val
des Pins, le nouveau Centre régional de la Ligue Vivre, un des tout
premiers à voir le jour en province, avec Lyon et Strasbourg.
Comme le rapporte le
journal, à cette première réunion étaient présents une trentaine de
ligueurs, abonnés de Vivre et sympathisants, de Marseille et d’Aix.
"Après lecture du programme de la ligue Vivre tel qu’il a été publié
dans la revue du 15 novembre, sous la signature du docteur Viard,
Mme et M. Meunier ont très aimablement mis à la disposition des
ligueurs et sympathisants leur propriété du Val des Pins, pour
tâcher d’y fonder un Centre Régional, où l’on pourrait trouver les
moyens matériels et moraux de s’instruire dans le naturisme et de le
mettre en pratique : bibliothèque, installations pour
l’héliothérapie, la culture physique, l’hydrothérapie, etc… et, à
l’occasion, conférenciers de Paris.
Un échange de vues eut alors lieu, à la suite duquel furent prises à
l’unanimité les deux résolutions que voici :
1° Former immédiatement le noyau initiateur de ce centre régional
(ce noyau composé de douze personnes, entre ligueurs, abonnés de
Vivre et sympathisants, comprend cinq dames ou demoiselles, des
professeurs de l’Université, des employés, dessinateurs, étudiants,
etc…
2° Adresser à toutes les personnes touchées par la première
convocation le petit questionnaire que vous trouverez ci-dessous, et
auquel nous vous prions de vouloir bien répondre dès que possible.
Prière d’adresser les réponses à M. le Secrétaire régional de Vivre,
Val des Pins, Petit Chemin du Tholonet, Aix-en-Provence.
- 1°Désirez-vous que nous vous tenions toujours au courant de ce qui
se fera au Centre régional d’Aix ?
- 2°Convaincus que le but poursuivi par la Ligue « Vivre » est
véritablement utile pour le bien de l’individu et de la société,
seriez-vous désireux d’adhérer au Groupement régional en formation?
- 3° La prochaine réunion devant avoir lieu le dimanche 29 janvier
prochain, seriez-vous assez aimable pour nous dire :
a)Si la date vous convient (1) ;
b)Quelles seraient vos idées, quels seraient vos désirs, en ce qui
concerne les réalisations immédiatement possibles ?
(1)10 ligueurs voyageant ensemble bénéficient du 50%"
Le programme qui a été lu ce jour-là aux sympathisants venait de
paraître dans le n°21 du 15 novembre 1927 de la Revue Vivre
Intégralement et était le compte-rendu d’une conférence donnée par
le Docteur M. Viard.
Sous le titre « La Ligue de Régénérescence Physique et Mentale », M.
Viard présentait la genèse de la ligue, ses moyens d’action ainsi ce
que chaque ligueur devrait faire.
« Au mois de mars 1926, M. de Mongeot créait avec quelques
collaborateurs, la revue mensuelle illustrée Vivre qui eut, dès le
début, un très grand succès. Ce succès a dépassé toutes les
espérances puisque, depuis quelques mois déjà, son tirage a dû être
doublé. Les articles publiés dans Vivre rappellent, à chaque
instant, les grandes lois qui président au développement intégral de
l’être humain. Ils provoquent une si volumineuse correspondance et
des suggestions si variées, si intéressantes et si pressantes qu’il
nous a paru indispensable de fonder une Ligue où les membres
pourront devenir les interprètes de nos idées dans tous les milieux
sociaux.
C’est qu’en effet un effort collectif est toujours considérablement
plus efficace que de multiples efforts isolés. Ainsi groupés, nous
aurons plus de force, plus de puissance et nous serons infiniment
plus utiles à nos semblables.
Par quels moyens ? En nous abstenant de tous discours inutiles et en
marchant résolument dans la voie où nous nous sommes engagés. Il est
indispensable, toutefois, d’enseigner à ceux qui ne les connaissent
déjà, les grands principes d’une vie saine, active et féconde, non
seulement pour chaque individu mais aussi pour la société tout
entière.
Nous ne nous contentons pas de dire à nos adeptes : il faut évoluer,
il faut vivre selon les lois de la nature, il faut savoir penser, il
faut être maître de soi ! Nous enseignons comment on arrive à ces
résultats. Convaincus que le progrès social dépend des efforts et de
l’évolution de chaque individu, nous restons ainsi en dehors de
toute doctrine politique, religieuse ou philosophique.
Cette attitude nous permettra de rendre service à tous nos
semblables, quelles que soient leurs convictions. Notre but est de
mettre nos méthodes à la portée du riche comme du pauvre, de
l’intellectuel comme de l’illettré, du travailleur cérébral comme du
travailleur manuel, pour peu qu’ils nous aident : « Aide-toi, le
ciel t’aidera ! »
De cette façon, nos moyens d’action peuvent devenir extrêmement
puissants. Moralement, nous sommes soutenus par l’élite de la
Société : médecins, lettrés, scientifiques, philosophes,
philanthropes ; il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup
d’œil sur la liste des membres du Comité d’Action et sur la liste
des membres d’honneur.
Le succès remporté à paris nous a permis d’espérer le même succès en
province. De toute part, en effet, surgissent des bonnes volontés
que notre devoir est d’utiliser. De sorte que, par la force même des
choses, nous avons été entraînés dans une action considérablement
plus étendue. »
Dès lors, les publications mensuelles de Vivre relateront très
régulièrement les activités du groupe provençal dont le nombre
d’adhérents ne cessera de croître au fil des ans.
« A la réunion du 22
janvier 1928 étaient présents une quinzaine de ligueurs ou
abonnés de Vivre et sympathisants, tous décidés à faire quelque
chose. Après une partie amusante au médecine-ball, compliquée par
une déclivité prononcée, lecture fut donnée de quelques-unes des
réponses les plus intéressantes au questionnaire envoyé après la
réunion de décembre. Il résulte de ces lettres qu’un petit noyau est
fermement résolu à appliquer aussi pleinement que possible les idées
de Vivre, une serre désaffectée et merveilleusement situé servira de
vestiaire avant et après les séances d’hélioculture, et le
bassin-réservoir pourrait, sans trop de travaux, être utilisé comme
piscine. La prochaine réunion est fixée au dimanche 26 février ; une
causerie y sera faite sur la cuisine végétarienne et une leçon de
démonstration de culture physique y sera donnée. »
« A la réunion du dimanche 26 février, une quinzaine étaient
présents. Un déjeuner végétarien réunit d’abord, assis à la turque
en plein air, ceux qui étaient arrivés dans la matinée. Puis eut
lieu sur la terrasse ensoleillée, une vive partie de medecine-ball
slip. A la réunion elle-même, adoption à l’unanimité de plusieurs
propositions intéressantes (bibliothèque, camping, jardinage) et
notamment celle du « solarium » pour hélioculture et jeux de
plein-air : basket-ball, volley-ball et croquet à installer sur
l’esplanade devant la villa.
On exécutera divers travaux de gazonnage, clôture, camouflage, au
fur et à mesure de l’arrivée des ressources. Les habitués ont
consenti très volontiers dans ce but à verser une cotisation
individuelle de 5 francs par mois. Deux ligueurs de bonne volonté
ont déjà mis la première main à l’aménagement de la piscine. En fin
de séance, M. H. G. de Marseille a donné une démonstration pleine de
force et de souplesse, de la première série d’exercices de la
méthode de M. K. de Mongeot.
La prochaine réunion est fixée au 25 mars. Le jour du mardi-gras la
filiale a eu l’honneur et le plaisir de recevoir la visite de Mme et
M. Bezou du Comité directeur de Paris. » Le Comité directeur de la
Ligue engage les ligueurs et les sympathisants qui le pourraient à
aller passer les vacances à Aix où ils pourront être reçus au siège
de la filiale et pris en pension à des prix extrêmement bas. Les
ligueurs voyageant ensemble bénéficient d’une réduction sur les
tarifs de chemins de fer.
« Malgré le temps, qui fut toute la matinée d’humeur fort chagrine
et malgré la contretemps des élections, une douzaine de personnes
assistaient à notre réunion du 29 avril. Un jeune éducateur
physique nous dit, dans une causerie familière, comment le
lieutenant de vaisseau Hébert avait été amené à concevoir son plan
de Méthode Naturelle et comment on la mettait en pratique dans les
centres d’Education physique. Une fort intéressante application
suivit dans le joli cadre de la propriété, et se termina le temps se
fâche rarement en plein en Provence) par l’inauguration du bassin de
natation. La prochaine réunion est fixée au dimanche 20 mai.
Le jour dit, une vingtaine
de ligueurs étaient présents. Après une causerie du Dr Buttner sur «
les microbes et la vie », une leçon d’entrainement physique,
agrémentée d’exercices amusants et de plongeons dans le bassin de
natation a intéressé participants et spectateurs. »
Dans le même numéro du 15 juin 1928, il est précisé :
Les campeurs seront reçus avec leurs tentes au « Val des Pins »,
Petit chemin du Tholonet, Aix-en-Provence.
Centre naturiste :
Jolies chambres confortables. Cuisine végétarienne. Solarium.
Bassin de natation. Jeux divers.
C’est dans le n°37 du 15 janvier 1929 qu’apparait le docteur
Fenouil, pharmacien marseillais qui par sa persévérance et son
dynamisme va peu à peu faire sortir le naturisme de ses murs en
organisant au fil des mois des activités naturistes de pleine nature
avec pour corollaire le recentrage des activités sur Marseille et
l’abandon progressif du Val des Pins pour l’île du Frioul l’année
suivante. Mais pour l’instant, en ce début 29 Vivre signalait à ses
lecteurs que la section d’Aix-en-Provence était donc maintenant
présidée par le docteur Fenouil et dirigée par M. et Mme Meunier qui
possédaient tous deux une grande expérience des pratiques
naturistes.
Ce centre est favorisé, précisait la revue. « Situé dans un des plus
beaux pays de France, auprès d’une vieille cité pleine de ressources
pour les intellectuels et les curieux du passé ; jouissant d’un
climat idéal, le Val des Pins –c’est le joli nom mérité de notre
filiale- possède une propriété confortable tenue avec une propreté
méticuleuse toute naturiste. Le bois de sapins, la piscine, le petit
stade de gymnastique et l’admirable ciel bleu du pays de Mistral en
font un endroit paradisiaque où il est doux de vivre pour les
amoureux de la Nature, du Soleil, de la Joie, en un mot : de la vie
intégrale.
Ajoutons qu’au Val des Pins, la synthèse naturiste est mise en
pratique intégralement pour le bonheur des ligueurs provençaux.
Bientôt un de nos dirigeants s’y rendra afin d’organiser la
propagande dans toute la région. De plus, nous réunirons les
ligueurs et les ligueuses parisiens qui désireraient aller y passer
les vacances de Pâques. »
Puis, dans le n°45 du 15 mai 1929 :
A Aix-en-Provence, grâce au climat si favorable, ce centre est
appelé à une grande extension ; c’est ce que nous affirme le docteur
Fenouil, qui en est le président.
Et, dans le n°49 du 15 juillet 1929 :
Sous la conduite d’un ligueur de Nimes, des naturistes marseillais
ont parcouru dimanche 16 juin des régions parfaitement désertiques
dans les environs de Marseille. Pour tous les renseignements,
s’adresser au docteur Fenouil qui reçoit les naturistes tous les
jours de 17 à 19 heures au 94 de la rue de la République à
Marseille. Le 23 juin, les naturistes se sont réunis au Val des Pins
à Aix-en-Provence et ont pratiqué 6 à 7 heures de nu intégral sous
un soleil radieux en jouant à divers jeux de ballon. Tous les
ligueurs et les sympathisants de la région sont invités à venir
visiter le Val des Pins. Les sympathisants devront être munis d’une
autorisation du docteur Fenouil.
Dans le n°53 du 15 septembre 1929 :
Une piscine publique est en construction à Marseille, sous la
direction du Comité « Sport et Hygiène ». Les directeurs de cet
établissement ont déjà promis au Dr Fenouil, président de notre
groupe Aix-Marseille que chaque semaine, quelques heures seront
exclusivement réservées aux naturistes. Nous signalons que cet
établissement sera en tous points complet (piscine couverte, salle
de sports, terrasse sablée pour héliose, mécanothérapie,
ultra-violet, salle de conférences).
Nos amis marseillais auront ainsi un lieu de réunion excellent, ce
qui ne manquera pas d’étendre davantage notre mouvement sous le ciel
si clément de la Provence. Une grande excursion, organisée par le Dr
Fenouil aura lieu le 22 septembre. Tous les ligueurs de Marseille et
des environs sont invités à prendre part à cette manifestation
naturiste qui comprendra de la marche, des jeux de ballon, des bains
de soleil et de mer.
Pour participer à cette sortie les ligueurs et les membres de
sociétés naturistes ainsi que les sympathisants sont priés de
vouloir bien s’entendre avec le Dr Fenouil qui reçoit tous les jours
à sa pharmacie de 17 à 19 heures, 94 rue de la République.
Dans le n°54 du premier octobre 1929 :
La grande excursion du 22 septembre, organisée par les ligueurs de
Marseille a été particulièrement intéressante. A nos amis
marseillais s’étaient joints des sympathisants et des membres de
sociétés naturistes étrangères, constituant ainsi un groupe
important qui sous la conduite du Docteur Fenouil quitta Marseille à
7 heures du matin. Le programme de la journée se déroula comme il
était prévu, comportant bains de mer, marche, jeu de ballon, bains
de soleil.
Dans des sites sauvages et
solitaires les naturistes marseillais purent pratiquer du nu
intégral pendant huit à dix heures de suite sans interruption. Des
sorties semblables auront lieu par petits groupes hebdomadaires et
une grande réunion-excursion est prévue pour le 27 octobre.
("Vivre Nu" - 22/10/2011) |