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Lorsqu’on est uniquement
habitué à se promener nu entre sa salle de bain et sa chambre,
réaliser une immersion d’une journée avec des naturistes purs et
durs constitue un challenge osé. On tergiverse. On se pose des
questions. Forcément, quand on n’est pas rompu à ce genre
d’exercice. Dimanche matin, Roger Banchereau, administrateur de la
Fédération française de naturisme, organisait une journée de
découverte au lac de Saint-Cassien – « l’autorisation du maire a été
donnée pour cet événement » – dans le cadre de la journée
internationale « sans maillot »
10 h, le ciel est voilé. Un léger vent frais est aussi de la partie.
Pas un temps à mettre un naturiste dehors... Enfin, c’est ce que je
croyais. Une quarantaine d’adeptes de la nudité intégrale sont déjà
dans les parages. On se fait la bise, on se tutoie d’emblée.
L’accueil se veut extrêmement convivial. La plupart ne se
connaissent pas et viennent majoritairement des Alpes-Maritimes et
du Var. Mais l’harmonie semble se faire à la vitesse de l’éclair
entre ces personnes unies par un mode de vie singulier, pratiqué par
près de deux millions de personnes chaque été en France. Tout est
mis en œuvre pour que chacun se sente à son aise. Plusieurs sont en
couple, d’autres en famille avec les enfants. Certains sont venus
seuls. La moyenne d’âge des pratiquants se situe entre 40 et 60 ans.
« C’est une philosophie de vie qui se mûrit avec le temps », estime
Roger. A moi, le petit
nouveau, Bruno et Jean-Paul me présentent leurs associations
respectives de « randonnue ». « On préfère se regrouper car c’est
plus chaleureux. Mais aussi pour des raisons de sécurité. L’année
passée, une amie s’est fait agresser sur une plage vers le cap
Canaille... ». Peu à peu, chacun commence à se déshabiller, tout en
continuant à discuter. Le plus naturellement du monde. Nous nous
trouvons sur un sentier au-dessus du lac. Certains descendent se
baigner. Pour ce faire, il faut longer un petit chemin pendant deux
cents mètres à travers la pinède, dans le plus simple appareil. Une
petite cigarette pour déstresser... Et hop, je range les vêtements
dans mon sac à dos. L’immersion peut commencer.
Par timidité, je conserve ma précieuse
serviette dans une main pour essayer de cacher l’essentiel. Pas pour
longtemps. « Il n’y a aucun regard malsain ou déplacés. Nous sommes
tous sur un pied d’égalité », assure Daniel. La marche vers le lac
sort terriblement de l’ordinaire. Nous sommes un groupe de sept et
nous discutons de la pluie et du beau temps, sans « textile » sur le
corps. « On ne fait rien de mal. Nous ne sommes pas des
extraterrestres et on vit comme tout le monde, lance William, de
Nice. C’est une question d’état d’esprit. Nous sommes très
respectueux des gens. Quand on discute, je vous regarde dans les
yeux. De l’environnement, aussi. Cela vient de notre complicité avec
la nature. On ne laisse jamais un papier traîner par terre. »
L’heure de la première baignade a sonné. Il est 11 h 15. Dans le
lac règne un joyeux brouhaha. On plaisante. On fait connaissance. On
se raconte ses dernières expériences de naturisme. « La dernière
fois à Saint-Aygulf, on ne pouvait même pas poser sa serviette à
cause de l’affluence », raconte William. « Nous avons fait une
randonnue à la montagne, en raquettes, par moins sept degrés »,
sourit Jean-Paul.
Je me jette à l’eau avec Annabelle, une Toulonnaise qui me loue
les vertus du bain nu. « Des sensations extraordinaires de douceur
et de liberté. » L’instant est appréciable dans cette eau à 25
degrés. Certains font des longueurs à travers le lac. D’autres
travaillent leur bronzage.
C’est désormais le moment de ne pas déroger à un rituel immuable
: l’apéro naturiste. Ambiance joviale garantie. Des enfants jouent
d’un côté. « J’ai voulu les initier dès leur plus jeune âge, comme
mes parents l’ont fait pour moi. C’est pour leur bien-être »,
témoigne Pascaline, de Villeneuve-Loubet, maman de Ioannis, 2 ans,
et Aymeline, 4 ans. Les adultes trinquent à la santé de cette
journée, qui a pour objectif de « banaliser cette activité ».
Je gagne en assurance et ma serviette devient superflue. Deux
cyclistes passent à proximité du petit stand. Invités à boire un
verre, ils ne se font pas prier. Ni une ni deux, Catherine enlève
son cuissard et son haut. «C’est important d’être dans les mêmes
conditions que tout le monde. On se sent plus à l’aise »,
confie-t-elle, avant de repartir. « Mon corps s’est transformé »
Les deux plus jeunes de la bande sont Vicky, une Vençoise de 14
ans, et Mathieu, un Grassois de 21 ans. « Je suis avec mon papa,
explique l’ado. J’ai fait du naturisme jusqu’à mes onze ans, mais
j’ai arrêté. Mon corps s’est transformé et je me sentirais mal à
l’aise... » Elle préfère rester habillée. Au contraire de Mathieu,
venu seul, « pour rencontrer des gens qui ont la même passion,
car mes amis sont réticents. Ici, j’ai fait très rapidement de
nouvelles connaissances. Il n’y a aucun préjugé, l’ambiance est
familiale. »
On se retrouve en effet très loin de l’image que renvoit parfois les
gros camps naturistes – type cap d’Agde –, où le sexe est très
présent. Casser cette image négative fait aussi partie des ambitions
de ces amoureux de la nature. Pour stopper les amalgames trop
hâtifs. « Pas de sexe chez nous, affirme Roger. Il ne faut pas
confondre la plage et sa chambre à coucher... »
Une règle d’or pendant le repas : « Mettre une serviette sur les
chaises où l’on s’assoit », révèle Annabelle. L’ambiance est bon
enfant entre ces gens aux catégories sociales variées – médecin,
chef d’entreprise, ouvrier. Il est déjà 15 h. Je dois quitter mes
nouveaux amis. « Revenez quand vous voulez. On ne vous oubliera
pas, car vous êtes les premiers journalistes à avoir tombé le
maillot pour faire un reportage sur nous... »
Source "VivreNu"
pour la journée sans maillot. (20/07/2011) |