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C'est un petit coin de
paradis blotti au creux d'un vallon bordé de bosquets de chênes,
tapissé d'une prairie où les chevreuils aiment à folâtrer dès les
premiers rayons de soleil matinaux. Un camping vert, avec sa
piscine, son accueil qui fleure bon la bonne franquette et les
vacances en famille. Bref, un vrai petit coin de nature préservé. Et
ici, au Clos Barrat commune de Sérignac, à la lisière du Lot et du
Lot-et-Garonne, la nature n'est pas un vain mot : le camping, créé
il y a trente ans, est en effet… naturiste. Ne pas confondre avec
nudiste ! C'est Simone, quatre fois 20 ans à la fin de l'été, Belge
d'Anvers à l'accent délicieux, finalement installée à l'année sur
les côteaux lotois, définitivement plus ensoleillés, qui met les
points sur les « i » : « Les nudistes, ils se mettent nus pour aller
à la plage et se baigner dans la mer. Et à la sortie de la plage,
ils se rhabillent. Nous les naturistes, ce n'est pas ça ! Nous
sommes nus toute la journée, du lever au coucher, pour se baigner
comme pour manger ou jouer à la pétanque. »
UN RÊVE ANCIEN
Évelyne, propriétaire et gérante du Clos Barrat depuis juillet 2010,
renchérit : « On a souvent tendance à faire l'amalgame avec les
nudistes, voire même avec les échangistes ou les libertins. Rien à
voir ! Le naturisme est une manière de vivre, au plus près de la
nature, en harmonie avec elle, en essayant de la préserver le plus
possible. Et puis être nu, ça gomme les différences sociales. Le
chef d'entreprise va discuter facilement avec l'ouvrier, car rien ne
permet de distinguer l'un de l'autre. » Comme dirait mon grand-père
: « Un homme est un homme. » Et contrairement à ce que peuvent
imaginer les « textiles » (comprendre ceux qui vivent habillés), la
nudité n'empêche pas la pudeur. Évelyne, par exemple, devant le
journaliste habillé, a gardé une petite robe : « Les naturistes
seront mal à l'aise en présence d'une personne habillée, comme
celle-ci pourra l'être en présence de personnes nues. » CQFD.
Mais même nue, Évelyne aurait encore des secrets. Si cette quinqua
parisienne pleine de peps et de vie est aujourd'hui à la tête du
Clos Barrat, elle le doit à une grosse dépression. C'était il y a
près de deux ans. Ses deux fils, en fin d'études, venaient de
quitter la grande maison des Yvelines. Elle et son mari Didier, 54
ans, cadres supérieurs dans des multinationales à Paris et en région
parisienne, avaient la vie « de con » de beaucoup de cadres sup':
«On bossait quinze heures par jour, avec des temps de trajets
infernaux, on gagnait très bien notre vie. Mais pourquoi ? Je
rentrais le soir chez moi, mes enfants n'étaient plus là, la maison
était vide. »
CERTAINS N'ONT PAS COMPRIS
Depuis plusieurs années déjà, avec Didier, ils avaient le rêve
d'avoir leur propre camping naturiste. Celui où ils auraient aimé
aller en tant que clients. « Le jour où je me suis endormie au
volant et que je suis rentrée en larmes chez moi le soir, ça a été
le déclic. Mon médecin m'a dit que je faisais une dépression à cause
du travail. Je me suis dit qu'il était hors de question que je me
pourrisse la vie pour un boulot. Alors j'ai démissionné. »
Les fringants quinquas ont suffisamment de côté pour s'offrir le
camping dont ils rêvent. Ce sera le Clos Barrat. Ils quittent tout :
« Parmi nos proches, certains n'ont pas compris. Pas compris comment
on pouvait troquer le luxe des vacances dans des palaces sur des
plages de rêves, pour le quotidien d'un camping connoté « prolo »
dans leur tête. La vérité est qu'on est beaucoup plus heureux ici,
en pleine nature, qu'on n'avait pas besoin de tout cet argent pour
être heureux. » La vérité toute nue en somme.
Le chiffre : 84
Emplacements > et 6 locations. Dans le Lot, le Clos Barrat, bien
caché dans la campagne entre Mauroux et Saint-Matré, s'étend sur 10
hectares. Les emplacements font environ 100 m2 chacun. « Et pas
question de bétonner quoi que ce soit, quitte à ne pas être classé
», assume Évelyne, la nouvelle propriétaire, très attachée à la
nature qui fait le charme du lieu.
Le Clos Barrat > A Sérignac (46). Comptez 10 € la nuit par
emplacement équipé en électricité, 6 € par adulte, 2 € par enfants.
Renseignements au 05 65 31 97 93.
(13/08/2011) |