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La recette du bonheur est parfois très
simple. "C’est tellement agréable de ne pas faire la queue aux
douches, en attendant que les uns se déshabillent et que les autres
se rhabillent…" Tombés sous le charme de la douche non cloisonnée,
façon vestiaire sportif...
Greta et Jürgen font la route depuis la Bavière jusqu’au littoral
morbihannais depuis quinze ans. Sitôt débarqués, ils tombent le haut
et le bas pour fêter leurs retrouvailles avec ce coin de paradis. A
l’abri des pins et de rares feuillus, les quelque cinquante
résidents du camping de la Pinède, à Erdeven, abandonnent leur
pudibonderie en même temps que leurs habits. Car en territoire
naturiste, la tenue d’Eve est évidemment de rigueur.
"Ce sont très majoritairement des couples, et quelques familles",
recense-t-on à l’accueil. A l’abri derrière la palissade, tous
profitent de ces cinq hectares conquis de haute lutte dans les
années 1970. Comme tout éden, le camping – propriété du Club
naturiste de Bretagne-Sud (CNBS) – revendique sa mythologie, ses
épopées et ses moments de bravoure. Et sa liberté chèrement acquise.
"Au cœur du pays chouan, il y a bien eu quelques heurts.
L’euphémisme amuse Guy, enseignant à la retraite, venu en voisin du
Finistère. Mémoire vivante des lieux, Louise*, 83 ans, dont 43
dédiés au naturisme, raconte: "On a débarqué sur la plage de
Kerminihy [à 7 km du camping] le 8 juin 1969. Et pendant des années,
ça a été une opposition “culs-nuls” contre “textiles”. Le maire
envoyait les gendarmes, tandis que certains paysans épandaient du
lisier sur le sable. Sans le nucléaire, ça aurait pu durer
longtemps."
L’armistice a été signé en 1975 à la faveur des velléités d’EDF
d’installer une centrale nucléaire dans les environs. Faisant front
commun contre le projet, naturistes et "textiles" ont battu le pavé
au rythme d’un slogan évocateur: "Oui aux tétons, non aux neutrons!"
Une mobilisation payante car le projet a finalement été abandonné.
Et le tabou de la nudité est tombé. "Aujourd’hui, les commerçants
sont ravis, à la vue du nombre de touristes hollandais, allemands,
anglais et français qu’on leur amène", souligne Louise. En témoigne
l’office de tourisme d’Erdeven, qui a fait de sa plage naturiste
l’un de ses arguments chocs.
Sur la plage justement, les adeptes du Bikini se mêlent allégrement
aux amateurs du bronzage intégral. Fini l’époque du "boulevard des
voyeurs", surnom donné au chemin longeant les dunes. Les "textiles"
ont constaté que nudité et pudeur faisaient bon ménage. "Il y a un
code de moralité à respecter lorsque l’on entre au camping",
rappelle Jean-Claude, premier célibataire à avoir été accepté
derrière les palissades, voilà trente-trois ans. "C’est ce respect
qui m’a converti au naturisme, témoigne cet employé municipal de
Vannes. J’avais 19 ans quand j’ai suivi des amis. Un peu gêné, j’ai
enlevé mes vêtements et foncé dans l’eau!" De retour sur la plage,
il constate que personne ne fait attention à lui. "Cela semblait
naturel. Et puis une fois déshabillé, il est difficile d’enfiler à
nouveau un maillot de bain."
Jean-Claude, à l’instar de ces irréductibles d’Armorique, n’est-il
jamais tenté par le climat plus accueillant des grands centres du
Sud? "On vient chercher autre chose ici." Louise, qui reste trois
mois par an à Erdeven, ne pourrait manquer sa partie de boules
journalière. "Je retrouve une famille, ici." Habillé d’une casquette
et d’une paire de lunettes de soleil, Guy s’improvise porte-parole.
"Jamais un bruit, jamais un esclandre. Vous avez vu un papier par
terre?" Chacun met la main à la pâte pour tailler une haie,
repeindre les douches ou laver la vaisselle. Et Patrick, vingt ans
de CNBS au compteur, de glousser: "Pour le linge, on n’est pas très
salissant."
Source :
www.lejdd.fr (23/08/2010) |