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Tout nu et tout bronzé, qu’on est bien quand
revient l’été. Un groupe de naturistes de Meurthe-et-Moselle
pratique dès les beaux jours la randonnée tout nu. Se balader en
tenue d’Eve n’était pour moi pas un rêve mais c’est devenu réalité
le temps d’une marche. Sans effets, effet garanti !
Sur le petit parking de l’église de Val-et-Chatillon, dans la
campagne lorraine, je n’en mène pas large. Ce matin j’ai rendez-vous
avec Xavier. Ce quadragénaire nancéien organise des randonues, des
balades en pleine nature dans le plus simple appareil.
François, la cinquantaine, Jean-Pierre retraité, Jacques 60 ans et
Aline la trentaine arrivent à leur tour. L’accueil est chaleureux.
Je me présente « Alice, journaliste, textile», non pas que je
travaille pour Boussac mais juste que moi, fashion victime devant
l’éternel, mes vêtements j’y tiens. Textile étant le nom donné à
ceux qui préfèrent rester habillés. Xavier me rassure. Aline dont
c’est la première randonue m’est tout de suite sympathique. Nous
voilà partis. Mille et une questions me viennent à l’esprit en
empruntant le petit sentier forestier. Vais-je devoir faire offrande
de ma Sloggi au Dieu Cul-nu ? Y a-t-il un rite initiatique qui
consisterait à brûler ses sous-vêtements ? Je scrute le bas-côté du
chemin, histoire de voir si je ne peux pas discrètement me tisser un
pagne avec quelques graminées.
Après 400 mètres de marche, le moment tant redouté est arrivé. En
quelques secondes, mes compagnons de marche sont déjà en tenue si je
puis dire. Chacun plie consciencieusement ses vêtements et les range
dans le sac à dos. J’admire leur aisance et leur naturel. Je tente
de les imiter en regardant mes chaussures. Je m’enduis de crème
solaire en couche épaisse, car contrairement à moi les naturistes
sont bronzés de partout. J’enfonce mon chapeau de paille jusqu’aux
oreilles et chausse mes lunettes noires.
Je prie pour ne rencontrer personne, surtout pas un garde-chasse un
peu zélé. Je choisis de fermer la marche, c’est la seule chose que
je puisse sauvegarder de ma pudeur. Xavier m’explique que sa
pratique du naturisme «relève d’un acte politique. Vivre nu c’est un
travail d’émancipation dans une société très puritaine. C’est aussi
une reconnexion avec la nature». En tenue d’Eve, je me concentre
donc sur cette nature qui m’apparaît tout à coup des plus hostiles.
Taons, mouches, guêpes et autres insectes piqueurs se sont donné
rendez-vous pour festoyer. Le soleil est cuisant et mon sac à dos
commence à me scier allègrement les épaules. Je ne sais pas trop où
poser mon regard. Là je vois juste la lune en plein jour. Si le
rythme n’était pas si soutenu, je tenterais bien le reste de la
balade en pas chassé. Mais mes camarades ont de l’endurance et
marchent à un bon rythme. « Le corps change quand on vit tout nu. La
peau est moins fripée, on bouge plus », m’affirme François qui avoue
pratiquer aussi le cyclonu, la pétanque et le tennis à poil.
J’apprends même que des sorties ski de fond sont organisées avec ces
fondus de l‘apoilisme. J’envie leur état d’esprit, décomplexé. «Je
rêve d’aller en Amazonie pour rencontrer les tribus primitives»,
poursuit François. «Euh, ils ont quand même un étui pénien non ?»,
osè-je rappeler.
Pour me motiver, je me dis que cette randonue c’est un peu mon Koh
Lanta à moi sans l’épreuve du manger de vers blancs, mon émission en
Terre Inconnue mais sans Frédéric Lopez. Cela fait déjà une bonne
heure que l’on marche et mes sous-vêtements me manquent toujours
autant. Mais je commence à entrevoir, entre deux paires de fesses,
le plaisir du soleil et de la brise à même la peau. « Et la nudité a
cela bien, elle lisse les couches sociales », ajoute François. Je
m’amuse donc à imaginer la profession de chacun et chacune.
Policier, prêtre, instit, banquier… Pourquoi pas.
Arrive enfin l’heure de la pause déjeuner. Perchés sur le rocher de
Haut Grimont, debout mains sur les hanches, chacun admire le
paysage. La vue est à couper le souffle ! Les adeptes de la randonue
sont prévoyants. Ils ont tous une serviette de bain pour s’asseoir
et un paréo en cas de passage en zone découverte. Deux options
s’offrent à moi : soit je pique-nique debout soit j’accepte la
rencontre possible d’une fourmi rouge avec mon séant. Je me dis
qu’il est temps de rebrousser chemin. Je salue mes compagnons de
route. «Alors ?», me questionnent-ils. «Oui, non, enfin oui, je
comprends qu’on puisse aimer être nu en pleine nature. Mais sans
doute n’ai-je pas encore suffisamment dépassé mes complexes pour
apprécier», m’excusè-je. Pas rancunier, ils me souhaitent bon retour
et Xavier m’apprend qu’à terme il voudrait pouroir organiser des
randonnées avec des naturistes et des textiles. Ah ? Je me dis qu’on
aurait pu commencer aujourd’hui. D’ailleurs je n’attends pas pour me
rhabiller. J’ai presque envie d’embrasser mon tee-shirt et mon short
et de faire de mes sous-vêtements mon doudou.
Pour plus d’informations et si l’expérience vous tente, site du
naturisme en Lorraine : www.lorrainenature.free.fr.
Forum naturiste : www.vivrenu.com.
Si la bronzette intégrale vous inspire, liste des plages naturistes
en Alsace et en Lorraine sur le
www.hotelbienetre.com/fr/naturisme-alsace-lorraine.htm.
 (13/08/2010). |